Côte d’Ivoire/Café-Cacao, Duékoué : Dans l’enfer des entrepôts pleins et des poches vides des producteurs.

Côte d’Ivoire/Café-Cacao, Duékoué : Dans l’enfer des entrepôts pleins et des poches vides des producteurs.

Côte d’Ivoire/Café-Cacao, Duékoué : Dans l’enfer des entrepôts pleins et des poches vides des producteurs.

Un documentaire de Agence Presse Audio


À Duékoué dans la région du Guemon, au cœur de la boucle du cacao, le silence des entrepôts sature l’air. Premier producteur mondial, la Côte d’Ivoire voit son moteur économique s’enrayer.

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20 Janvier 2026


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À Duékoué dans la région du Guemon, au cœur de la boucle du cacao, le silence des entrepôts sature l’air. Premier producteur mondial, la Côte d’Ivoire voit son moteur économique s’enrayer. Entre chute des coûts mondiaux et paralysie administrative, des milliers de tonnes de fèves s’entassent, condamnant les planteurs à une précarité brutale. Le mécanisme est grippé au sommet de la pyramide. Depuis la mi-octobre 2025, les exportations tournent au ralenti.

En cause : le blocage des « connaissements », ces précieux sésames administratifs délivrés par le Conseil du café-cacao (CCC). Pour Siriri Millogo, directeur de coopérative, l'attente est devenue une agonie comptable : treize demandes de validation restées lettre morte depuis janvier, là où la procédure ne prenait jadis que quelques minutes. Sur le terrain, cette asphyxie logistique se transforme en tragédie humaine. Sans vente, pas de revenus. Marty Somda, de la coopérative Cabend, témoigne du calvaire quotidien des producteurs de l'Ouest.

Face à l'urgence, certains n'ont plus le luxe d'attendre. La survie immédiate impose des sacrifices financiers déchirants. C’est le cas de Laurent Koné, qui se voit contraint de brader son travail pour subsister.

Le paradoxe est cruel : le prix garanti par l'État, censé protéger les paysans, est aujourd'hui déconnecté d'un marché mondial passé de 12 000 à 5 000 dollars la tonne. Un écart qui paralyse les exportateurs, suspendus à un fonds de garantie qui ne se déclenche pas. Pourtant, du côté des autorités, on se veut rassurant. Yves Brahima Koné, directeur général du CCC, martèle que l'engagement de l'État sera tenu.

Malgré ces promesses, la grogne sociale monte. Pour le syndicaliste Moussa Koné, le constat est amer : « Celui qui produit n’est pas protégé ». Alors que le cacao représente 14 % du PIB national, cette crise de mévente rappelle les sombres heures de 2017. Pour un cinquième de la population ivoirienne, l'incertitude est désormais la seule récolte.

Texte et récit : Silvère Bossiei