MÉDIAS / ANP Academy : quand l’IA s’invite dans la correction et piège les journalistes.
MÉDIAS / ANP Academy : quand l’IA s’invite dans la correction et piège les journalistes.
Un documentaire de Agence Presse Audio
À l’ère des algorithmes, corriger un article ne se résume plus à traquer les fautes. C’est désormais un exercice d’équilibriste entre rapidité, rigueur et vigilance. C’est tout l’enjeu de la 40e session de "l'ANP Academy", tenue le mercredi 13 mai 2026 à Cocody Angré, où l’intelligence artificielle était au cœur des échanges.
Un documentaire de
Agence Presse Audio
Mise en ligne
18 Mai 2026
Réalisation
Agence Presse Audio
Mise en onde & mix
Agence Presse Audio
Illustration
Agence Presse Audio
Production
Agence Presse Audio
À l’ère des algorithmes, corriger un article ne se résume plus à traquer les fautes. C’est désormais un exercice d’équilibriste entre rapidité, rigueur et vigilance. C’est tout l’enjeu de la 40e session de "l'ANP Academy", tenue le mercredi 13 mai 2026 à Cocody Angré, où l’intelligence artificielle était au cœur des échanges.
Autour du thème « Correction de presse, intelligence artificielle et perfectionnement linguistique », la formation animée par Firmin Yoha, directeur de publication du Tamtam Parleur, a rapidement planté le décor : « L’intelligence artificielle n’est pas un pilote automatique ». Autrement dit, un outil puissant, mais loin d’être infaillible.
Face à un auditoire attentif, l’expert a décortiqué les pièges souvent invisibles de l’IA. En première ligne : les fameuses hallucinations, ces dérives où l’outil invente des éléments pour “améliorer” un texte. Un exemple parlant a marqué les esprits : une simple mention de présence transformée par l’IA en accueil chaleureux, altérant ainsi le sens du reportage et, surtout, la responsabilité du journaliste.
Au-delà de ces distorsions, d’autres menaces planent : uniformisation des styles, perte de singularité rédactionnelle et décalage culturel. Firmin Yoha alerte notamment sur des outils calibrés sur des normes occidentales, capables de considérer comme fautifs des usages pourtant ancrés dans les pratiques locales. Une standardisation silencieuse qui pourrait, à terme, appauvrir la richesse linguistique des médias africains.
Mais le risque n’est pas seulement stylistique. Il est aussi juridique et éthique. « Les outils internet n’ont ni déontologie ni prison », a-t-il rappelé, insistant sur le fait que la responsabilité finale incombe toujours au journaliste. Déléguer aveuglément la correction à une machine, c’est prendre le risque d’assumer ses erreurs.
Pour garder le contrôle, l’animateur a proposé une méthode simple mais stratégique : la règle des 3C — Comprendre, Contrôler, Corriger. Une discipline renforcée par la création d’un assistant IA personnalisé, intégrant prompts-types, fiche de style et glossaire propre à chaque rédaction.
Côté outils, la session s’est voulue pragmatique. "Antidote 12", "MerciApp" et "Scribens" pour la grammaire ; "Claude 4" et "GPT-5" en mode “éditeur” pour affiner le ton ; "DeepL Write" et "Lex.page" pour le style et l’intégration CMS. Des alliés précieux, à condition de savoir les piloter. Car ici, tout commence par le prompt : bien formulé, il garantit jusqu’à 70 % de pertinence ; mal pensé, il ouvre la porte aux approximations.
Au final, si l’intelligence artificielle promet un gain de temps estimé entre quinze et vingt minutes par article, elle impose une exigence nouvelle : celle d’un journaliste-correcteur augmenté, mais jamais remplacé. Dans les couloirs de l’ANP, un constat s’impose : l’IA ne signe pas les articles, ne répond pas devant la loi et ne porte pas la crédibilité d’un média. Elle assiste, accélère, suggère, mais ne pense pas. Et dans une profession où chaque mot engage, garder la main sur le sens reste la seule vraie intelligence.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



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