MÉDIAS / Canal+ vs Rivoire : 142 500 € pour quelques mots, le prix fort de la liberté d’expression ?

MÉDIAS / Canal+ vs Rivoire : 142 500 € pour quelques mots, le prix fort de la liberté d’expression ?

MÉDIAS / Canal+ vs Rivoire : 142 500 € pour quelques mots, le prix fort de la liberté d’expression ?

Un documentaire de Agence Presse Audio


C’est une décision qui fait déjà grand bruit dans le monde des médias. L’ex-journaliste de Canal+, Jean-Baptiste Rivoire, a été condamné en appel, le mercredi 20 mai 2026, par la Cour d’appel de Versailles en France, à verser 142 500 euros à son ancien employeur.

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22 Mai 2026


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C’est une décision qui fait déjà grand bruit dans le monde des médias. L’ex-journaliste de Canal+, Jean-Baptiste Rivoire, a été condamné en appel, le mercredi 20 mai 2026, par la Cour d’appel de Versailles en France, à verser 142 500 euros à son ancien employeur. En cause : des propos tenus dans un documentaire de Reporters sans frontières (RSF) en 2021, malgré une clause de confidentialité signée quelques mois plus tôt.

Les faits remontent à la fin de l’année 2021. Dans une interview accordée à RSF, le journaliste d’investigation critique ouvertement la ligne éditoriale du groupe Canal+ et la gestion de son propriétaire, Vincent Bolloré. Des déclarations tranchantes, dans lesquelles il décrit notamment un climat de pression interne : « C’est quelqu’un qui gère par la terreur, les journalistes sont des petits soldats », affirmait-il alors.

Pour la justice, le problème n’est pas tant le fond des propos que le timing. La Cour d’appel estime que Jean-Baptiste Rivoire s’est exprimé dans un délai « trop court pour apparaître raisonnable » après avoir signé une clause de confidentialité en février 2021, le documentaire étant diffusé en octobre de la même année. Une violation contractuelle jugée suffisante pour justifier la condamnation.

Mais l’affaire dépasse largement le cadre d’un simple litige entre un salarié et son ex-employeur. Reporters sans frontières dénonce une décision préoccupante, estimant qu’elle pourrait créer un précédent dangereux pour la liberté d’informer. L’ONG alerte : faire primer la réputation d’une entreprise sur le devoir d’informer fragilise l’essence même du journalisme.

Fait notable, la Cour reconnaît elle-même que les critiques formulées par Rivoire s’inscrivent dans un mouvement plus large de contestation, notamment depuis la suppression de l’émission « Les Guignols de l’info », symbole d’une certaine liberté de ton au sein du groupe. Déjà condamné en première instance à 151 500 euros par le conseil des prud’hommes de Boulogne-Billancourt, le journaliste voit sa peine légèrement réduite en appel. Une maigre consolation pour celui qui envisage désormais de se pourvoir en cassation.

Sur son site Off Investigation, Jean-Baptiste Rivoire dénonce une sanction disproportionnée : « Pour avoir prononcé quelques mots dans un documentaire de RSF, je vais devoir verser 142 500 euros à Canal+ ». Une phrase simple, presque anodine, mais dont le coût, lui, est vertigineux. Et au-delà du montant, une question persiste : jusqu’où un journaliste peut-il parler une fois qu’il a quitté la rédaction ?

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN