MÉDIAS / GABON : Fin de l’anonymat en ligne, chaque clic peut désormais coûter la prison.
MÉDIAS / GABON : Fin de l’anonymat en ligne, chaque clic peut désormais coûter la prison.
Un documentaire de Agence Presse Audio
Au Gabon, l’ère du pseudonyme et du partage “sans conséquence” touche brutalement à sa fin. Avec l’ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026, rendue publique le 8 avril, le régime du général Brice Clotaire Oligui Nguema impose un tournant radical dans l’usage des réseaux sociaux, et la polémique enfle déjà dans le pays.
Un documentaire de
Agence Presse Audio
Mise en ligne
14 Avril 2026
Réalisation
Agence Presse Audio
Mise en onde & mix
Agence Presse Audio
Illustration
Agence Presse Audio
Production
Agence Presse Audio
Au Gabon, l’ère du pseudonyme et du partage “sans conséquence” touche brutalement à sa fin. Avec l’ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026, rendue publique le 8 avril, le régime du général Brice Clotaire Oligui Nguema impose un tournant radical dans l’usage des réseaux sociaux, et la polémique enfle déjà dans le pays. Désormais, impossible de se cacher derrière un faux profil. L’article 4 est clair : chaque utilisateur doit afficher son identité réelle, nom, prénom et numéro d’identification personnelle (NIP). Les entreprises, elles, devront renseigner leur registre de commerce. Une mesure qui signe tout simplement la fin de l’anonymat numérique au Gabon.
Mais ce n’est que le début. Le texte introduit un principe redoutable : la responsabilité élargie. Autrement dit, publier un contenu illicite est punissable, mais le partager aussi. Un simple clic, un transfert dans un groupe WhatsApp, et l’utilisateur peut être poursuivi. Une disposition qui place désormais chaque internaute au cœur du dispositif répressif. Les administrateurs de groupes et de plateformes sont également en première ligne. Ils ont l’obligation de surveiller, modérer et supprimer tout contenu contraire à la loi. En cas de manquement, leur responsabilité est engagée. Les influenceurs, quant à eux, sont désormais assimilés à de véritables acteurs des médias, avec des exigences accrues en matière d’éthique et de transparence.
Autre innovation majeure : l’encadrement strict des contenus issus de l’intelligence artificielle. Les ''deepfakes'', ces vidéos ou audios manipulés, entrent officiellement dans le champ pénal. Leur usage malveillant peut coûter jusqu’à 10 ans de prison et 50 millions de Francs CFA d’amende. Même logique pour l’usurpation d’identité numérique : jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 20 millions de Francs CFA d’amende. Le législateur va encore plus loin. Une majorité numérique est désormais fixée à 16 ans : en dessous, impossible de créer un compte. Les plateformes ont un délai d’un an pour se conformer à cette exigence, notamment via des systèmes de vérification d’âge.
En cas de crise numérique « contenu viral jugé dangereux », le juge peut ordonner des mesures exceptionnelles : ralentissement du trafic, restriction de fonctionnalités, voire suspension temporaire d’une plateforme, pour une durée maximale de 72 heures. Le texte impose aussi un droit de réponse strict : toute plateforme doit publier la réponse d’une personne lésée sous 48 heures, sous peine d’une amende allant de 2 à 20 millions de Francs CFA. Officiellement, ces mesures visent à lutter contre la désinformation, la cybercriminalité et les dérives liées à l’intelligence artificielle. Mais pour de nombreux Gabonais, elles ouvrent surtout la voie à un contrôle accru de la parole en ligne. Une chose est certaine : au Gabon, liker, partager ou commenter n’est plus un geste anodin. Dans ce nouvel écosystème numérique sous surveillance, la frontière entre liberté d’expression et infraction pénale n’a jamais été aussi fine.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



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