ACTUALITÉ INTERNATIONALE / Scandale Bétharram : une commission d’enquête redoute de nombreuses victimes en Côte d’Ivoire.
ACTUALITÉ INTERNATIONALE / Scandale Bétharram : une commission d’enquête redoute de nombreuses victimes en Côte d’Ivoire.
Un documentaire de Agence Presse Audio
Le scandale qui secoue la congrégation religieuse de Bétharram en France pourrait avoir des ramifications bien au-delà de l’Hexagone. Une commission d’enquête indépendante, mise en place pour faire la lumière sur des décennies de violences physiques et sexuelles au sein de cette institution catholique, redoute désormais l’existence d’un nombre important de victimes en Côte d’Ivoire.
Un documentaire de
Agence Presse Audio
Mise en ligne
09 Mars 2026
Réalisation
Agence Presse Audio
Mise en onde & mix
Agence Presse Audio
Illustration
Agence Presse Audio
Production
Agence Presse Audio
Le scandale qui secoue la congrégation religieuse de Bétharram en France pourrait avoir des ramifications bien au-delà de l’Hexagone. Une commission d’enquête indépendante, mise en place pour faire la lumière sur des décennies de violences physiques et sexuelles au sein de cette institution catholique, redoute désormais l’existence d’un nombre important de victimes en Côte d’Ivoire.
En mission à Abidjan fin février 2026, le président de la commission, Jean-Pierre Massias, a recueilli les premiers témoignages d’Ivoiriens affirmant avoir subi des agressions sexuelles commises par des membres de la congrégation. Selon lui, au moins six personnes de nationalité ivoirienne ou d’origine ivoirienne ont déjà dénoncé des faits, principalement attribués au prêtre basque Bénat Ségur.
Ce religieux, décédé en 2010, avait séjourné à deux reprises en Côte d’Ivoire. Dans les années 1970, il avait suivi une formation religieuse à Ferkessédougou puis à Katiola, dans le nord du pays. Il est ensuite revenu entre 1990 et 1994 pour exercer à la paroisse Saint-Bernard d’Adiopodoumé, près d’Abidjan, non loin du siège ivoirien de la congrégation. À cette époque, le prêtre était décrit comme un homme très proche des jeunes. Il s’impliquait notamment dans un club de basket et entretenait une relation apparemment chaleureuse avec les enfants, allant jusqu’à leur offrir des cadeaux venus de France. Mais derrière cette image bienveillante, certains témoignages recueillis aujourd’hui dressent un tableau beaucoup plus sombre.
Les victimes évoquent des attouchements répétés sur les parties intimes et, pour certaines, des tentatives de viol. Plusieurs d’entre elles affirment n’avoir jamais osé parler auparavant, par peur de ne pas être crues ou de s’attaquer à une figure religieuse respectée. Selon Jean-Pierre Massias, les témoignages recueillis à Abidjan laissent penser que ces faits pourraient avoir été plus répandus qu’on ne l’imaginait. « À chaque rencontre, la même phrase revenait : ce n’est pas arrivé qu’à moi », confie-t-il, estimant que d’autres victimes pourraient encore sortir du silence.
La Congrégation du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram avait déjà reconnu en mars 2025 sa responsabilité dans les violences dénoncées par près de 250 anciens élèves d’un établissement scolaire en France. Toutefois, elle ne s’est pas encore prononcée sur les faits évoqués en Côte d’Ivoire. Pour mener ses investigations, la commission est financée par la congrégation à hauteur de 120 000 euros sur un an et est pilotée par l’Institut Louis Joinet, une ONG française spécialisée dans la justice restauratrice.
Les enquêteurs évoquent également un contexte particulier en Afrique, où le poids de l’autorité religieuse et certaines réalités sociales ont pu freiner la parole des victimes. Dans de nombreuses communautés, accuser un prêtre, souvent perçu comme une autorité morale incontestable, relevait presque de l’impensable. Aujourd’hui, la commission envisage de recommander une enquête approfondie sur les activités de la congrégation en Côte d’Ivoire, où elle est présente depuis 1959. Elle pourrait également étendre ses investigations à d’autres pays africains ayant accueilli des missionnaires de Bétharram, notamment au Maghreb ou en Centrafrique.
Malgré la prescription des faits et la disparition du principal accusé, certaines victimes ivoiriennes ont déjà entamé des démarches pour être reconnues et, éventuellement, indemnisées. Mais au-delà des procédures, l’enjeu reste avant tout la libération de la parole. Car si ces premiers témoignages ont commencé à briser le silence, ils pourraient bien n’être que la partie émergée d’une histoire longtemps enfouie —et qui commence seulement à être racontée.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



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