CULTURE / Allah Thérèse, la voix sacrée du pays baoulé : itinéraire d’une légende intemporelle.

CULTURE / Allah Thérèse, la voix sacrée du pays baoulé : itinéraire d’une légende intemporelle.

CULTURE / Allah Thérèse, la voix sacrée du pays baoulé : itinéraire d’une légende intemporelle.

Un documentaire de Agence Presse Audio


Elle s’appelait Kouadio Allah à l’état civil, Mme Allah N’Goran par le mariage, mais pour le peuple ivoirien, elle restera à jamais Allah Thérèse. Une voix, une âme, une mémoire collective.

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22 Janvier 2026


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Elle s’appelait Kouadio Allah à l’état civil, Mme Allah N’Goran par le mariage, mais pour le peuple ivoirien, elle restera à jamais Allah Thérèse. Une voix, une âme, une mémoire collective.  Née en 1936 à Gbofia, dans le département de Toumodi, au centre de la Côte d’Ivoire, cette figure emblématique de la musique traditionnelle baoulé a traversé les décennies avec une dignité rare, portée par un art aussi simple que universel. Le destin d’Allah Thérèse bascule en mars 1974, lorsqu’elle participe au tout premier concours des chansonniers baoulés.

Sa prestation bouleverse le jury comme le public. Elle remporte le trophée et accède instantanément au firmament de la musique ivoirienne. À une époque où la tradition orale constituait encore le socle de la transmission culturelle, Allah Thérèse devient une référence, une voix qui raconte, conseille, console et interroge la société. Derrière cette réussite, un tandem indissociable : Allah Thérèse et son époux Behibro N’Goran, plus connu sous le nom de N’Goran-la-Loi. Accordéoniste virtuose et chef d’orchestre, il façonne l’architecture musicale pendant qu’elle en incarne l’âme.

Lui à l’accordéon, elle à la voix. Ensemble, ils sillonnent la Côte d’Ivoire, partageant leur vie entre les scènes populaires et la plantation familiale de Konan-Kokorekro, symbole d’un attachement viscéral à la terre et aux valeurs rurales. Leur rencontre remonte à 1959, à Gbofia, dans une Côte d’Ivoire encore en devenir. Ce lien personnel et artistique ne se rompra jamais. Pourtant, malgré la notoriété, la reconnaissance financière ne suit pas toujours. En 1979, Allah Thérèse ne perçoit que 300 000 FCFA pour six disques 45 tours et un 33 tours, produits et distribués par Safiedine.

Un chiffre dérisoire au regard de l’impact culturel de son œuvre, illustrant les injustices longtemps subies par les artistes traditionnels africains. Au début des années 2000, le couple compte six albums à son actif. Le dernier, « Doumi », sort en 2005, comme un chant d’adieu discret mais puissant. Peu de temps après le décès de N’Goran-la-Loi, Allah Thérèse s’éteint à son tour, le 19 janvier 2020, à l’hôpital général de Djékanou, à l’âge de 84 ans. Mais Allah Thérèse n’est pas partie.

Elle vit encore dans chaque mélodie qui s’élève lors des veillées, dans chaque parole chantée qui évoque l’amour, la sagesse, la souffrance ou la morale. Sa musique, atypique et profondément authentique, transcende le temps. Elle nous replonge dans une nostalgie douce et puissante, celle d’une Côte d’Ivoire enracinée, solidaire, fière de ses traditions, une Côte d’Ivoire d’hier qui continue d’éclairer celle d’aujourd’hui. Écouter Allah Thérèse, c’est revenir à l’essentiel. C’est entendre battre le cœur d’un peuple.

Texte et récit : Marie-Paule N’GUESSAN