CULTURE / Excision : tradition sous tension, entre héritage et violation des droits humains.

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CULTURE / Excision : tradition sous tension, entre héritage et violation des droits humains.

Un documentaire de Agence Presse Audio


Plus de 230 millions de femmes et de filles dans le monde vivent aujourd’hui avec les séquelles des Mutilations génitales féminines (MGF). Un chiffre vertigineux, en hausse de 15 % depuis 2016, soit près de 30 millions de victimes supplémentaires.

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22 Avril 2026


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Plus de 230 millions de femmes et de filles dans le monde vivent aujourd’hui avec les séquelles des Mutilations génitales féminines (MGF). Un chiffre vertigineux, en hausse de 15 % depuis 2016, soit près de 30 millions de victimes supplémentaires. Derrière ces statistiques, une réalité mondiale qui s’étend sur plus de 90 pays, avec une concentration dans une trentaine d’États en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Les taux de prévalence restent particulièrement alarmants dans certains pays : Somalie (98 %), Guinée (97 %), Mali (91 %) et Égypte (91 %).

Le continent africain totalise à lui seul plus de 144 millions de femmes excisées, contre plus de 80 millions en Asie et environ 6 millions au Moyen-Orient. Chaque année, plus de 4 millions de filles risquent encore de subir cette pratique. En Côte d’Ivoire, malgré son interdiction depuis 1998, entre 38 % et 45 % des femmes ont été victimes d’excision, avec de fortes disparités régionales, notamment au Nord et à l’Ouest du pays.

Une pratique définie, mais toujours mal comprise

Les mutilations génitales féminines désignent toute intervention non médicale impliquant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins, ou toute autre atteinte à ces organes. Parmi les quatre formes reconnues, les types 1 (clitoridectomie) et 2 (excision) sont les plus répandus. Au-delà de la terminologie, il s’agit d’une atteinte grave à l’intégrité physique et morale des femmes et des filles, sans aucun bénéfice médical.

6 février 2026 : un appel mondial à l’action

À l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, le thème « Horizon 2030 : pas d’élimination des mutilations génitales féminines sans engagement et sans investissement durables » a été mis en avant. Le message est clair : sans financement stable, sans volonté politique et sans mobilisation communautaire, les progrès risquent d’être annulés. Un enjeu d’autant plus crucial que 23 millions de filles supplémentaires pourraient être excisées d’ici 2030.

Pourquoi cette pratique persiste-t-elle ?

L’excision ne repose pas sur une seule cause, mais sur un ensemble de facteurs profondément ancrés : Rite de passage : dans certaines communautés, elle symbolise l’entrée dans l’âge adulte ; Pression sociale et mariage : une fille non excisée peut être rejetée ou jugée « impure » ; Contrôle de la sexualité féminine : réduction supposée du désir pour garantir fidélité et chasteté ; Croyances culturelles et religieuses : souvent associées à tort à des obligations religieuses ; Ignorance des conséquences : beaucoup de communautés ne font pas le lien entre excision et complications de santé.

Des conséquences lourdes et durables

Les effets de l’excision sont multiples, immédiats et à long terme : Hémorragies, infections graves, douleurs extrêmes ; Complications lors des rapports sexuels et de l’accouchement ; Infertilité et troubles urinaires ; Traumatismes psychologiques profonds ; Risque de décès. Ces séquelles peuvent accompagner les victimes toute leur vie, affectant leur santé, leur dignité et leur autonomie.

Une mobilisation encore insuffisante

Face à cette réalité, plusieurs actions sont mises en œuvre : interdiction dans de nombreux pays, dont la Côte d’Ivoire, initiatives conjointes pour sensibiliser et protéger les filles, promotion de rites alternatifs sans mutilation, prise en charge médicale et psychologique. Cependant, l’application des lois reste souvent faible, et les résistances culturelles persistent.

Une alerte à ne pas ignorer

L’excision n’est ni une fatalité culturelle ni une simple tradition : c’est une violence systémique fondée sur des inégalités profondes entre les sexes. À l’heure où le monde vise 2030, la question n’est plus de savoir si cette pratique doit disparaître, mais si nous sommes réellement prêts à en finir avec elle. Car chaque silence, chaque compromis, chaque recul législatif est une porte ouverte à une nouvelle victime. Et derrière chaque statistique, il y a une vie marquée à jamais. Si cet organe, intrinsèquement lié à la femme, n’avait aucune utilité ni raison d’être, il n’existerait tout simplement pas. Dès lors, au nom de quoi faudrait-il en priver les femmes ?

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN