CULTURE / La révolte des Abbey : quand résistance et vengeance ont forgé l’histoire de Rubino.

CULTURE / La révolte des Abbey : quand résistance et vengeance ont forgé l’histoire de Rubino.

CULTURE / La révolte des Abbey : quand résistance et vengeance ont forgé l’histoire de Rubino.

Un documentaire de Agence Presse Audio


En janvier 1910, le peuple Abbey du Sud-Est ivoirien se soulève contre le joug colonial français.

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18 Décembre 2025


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En janvier 1910, le peuple Abbey du Sud-Est ivoirien se soulève contre le joug colonial français. Cette révolte qui éclate le 7 janvier à plusieurs endroits, marque l’histoire par sa violence et sa détermination : des dizaines de victimes sont recensées, dont un colon nommé Rubino, employé de la Compagnie française de l’Afrique de l’Ouest. La légende raconte que ce dernier fut tué et servi aux soldats français, un acte symbolique affirmant que les Abbey ne céderaient ni leur dignité ni leur intégrité aux prétentions coloniales.

Les Abbey, membres du groupe Akan, migrent du Ghana au XVIIᵉ siècle et s’installent au Sud du fleuve Comoé, à Ery-Makouguié. Sous la pression coloniale et la malaria, les populations se déplacent et fondent Agboville, rapidement transformée en poste militaire stratégique. Après la révolte, en 1916, Agboville devient chef-lieu du cercle de l’Agnéby et plus tard du département d’Agboville, regroupant aujourd’hui les sous-préfectures d’Azaguié, Oress-Krobou, Rubino, Grand-Morié et Cechi.

Rubino, à la fois commerçant et officier colonial, informait l’administration des déplacements des populations. Conscients de cette trahison, les Abbey le tuent à Déobodjè, village proche d’Agboville, à la veille de la troisième fête de l’igname. La vengeance est cuisante : Rubino est préparé et servi aux colons, qui découvrent l’horreur trop tard, marquant durablement la mémoire collective.

Cette audace des Abbey entraîne une répression sévère sous le gouverneur Gabriel Angoulvant et conduit à un changement de stratégie coloniale : la « pacification par la manière forte » cède la place à la « pénétration pacifique ». Les meneurs de la révolte sont déportés vers la Centrafrique et le Congo-Brazzaville, éloignement stratégique pour affaiblir la résistance. Certains historiens avancent que des chefs d’État africains contemporains, tels que Jean-Bedel Bokassa, Denis Sassou N’Guesso ou Ange-Félix Patassé, seraient issus de ces déportés Abbey.

Au-delà de l’histoire coloniale, cette révolte a profondément marqué la conscience nationale ivoirienne et inspire aujourd’hui la culture. Le film-documentaire “La révolte des Abbey”, produit par MYS Production de Marie Sylvia Amonchi et réalisé par Serge Kouakou et Hermann N’Guessan, retrace cette lutte héroïque.

Présenté le 15 août 2020 au palais de la culture d’Abidjan-Treichville, le film de 52 minutes a permis au public de revivre la résistance farouche d’un peuple qui a su défendre sa dignité face à l’oppression. Mythe ou réalité, la révolte des Abbey demeure un symbole puissant de courage et de résilience dans l’histoire de la Côte d’Ivoire.

Texte et récit : Marie-Paule N’GUESSAN