CULTURE / << LE KODJO >> : Une lingerie traditionnelle, entre héritage discret et vertus surprenantes.

CULTURE / << LE KODJO >> : Une lingerie traditionnelle, entre héritage discret et vertus surprenantes.

Longtemps relégué aux souvenirs des anciennes générations, « le Kodjo » refait surface dans les conversations, entre curiosité, traditions et débats contemporains. Derrière ce simple morceau de pagne se cache en réalité un héritage culturel riche, profondément ancré dans les pratiques des peuples Akan.


Longtemps relégué aux souvenirs des anciennes générations, « le Kodjo » refait surface dans les conversations, entre curiosité, traditions et débats contemporains. Derrière ce simple morceau de pagne se cache en réalité un héritage culturel riche, profondément ancré dans les pratiques des peuples Akan. En pays akan, le terme Kodjo (ou kôdjo) désigne avant tout une bande de tissu utilisée de diverses manières selon le contexte. Bien avant l’arrivée des sous-vêtements modernes, les femmes, notamment chez les Baoulé et les Agni, s’en servaient comme caleçon traditionnel.

Plié avec précision, passé entre les jambes puis noué autour des hanches, il assurait à la fois maintien, discrétion et hygiène. À l’époque, il faisait aussi office de protection périodique ou même de couche pour les nourrissons. Mais au-delà de cet usage pratique, le Kodjo révèle une dimension beaucoup plus intime et thérapeutique. Dans la tradition akan, où le bien-être de la femme après l’accouchement est une priorité familiale, ce tissu prend une autre fonction. Chauffé, souvent lorsqu’il est de couleur rouge, il est appliqué entre les jambes afin de réchauffer le bas-ventre. Cette pratique ancestrale vise à favoriser la rééducation du périnée, contribuant ainsi à une récupération naturelle après l’enfantement.

Certaines croyances lui prêtent également des vertus liées au confort intime. Porté régulièrement, il aiderait à maintenir une certaine chaleur corporelle, réputée bénéfique pour l’équilibre féminin. D’autres affirment qu’il améliore le bien-être général, voire qu’il participe à une meilleure sensation lors des rapports. Autant de perceptions qui oscillent entre savoirs traditionnels et interprétations modernes.

Toutefois, il convient de distinguer le Kodjo du kôkô, souvent confondu avec lui. Le kôkô renvoie en réalité à une étape clé du mariage coutumier chez certains peuples akan, notamment les Agni. Lors de cette cérémonie, le futur époux se présente officiellement à la belle-famille avec des présents, parmi lesquels figurent des pagnes symboliques. Aujourd’hui, à l’heure où les traditions africaines retrouvent une nouvelle visibilité, le Kodjo suscite autant d’intérêt que de questionnements. Entre patrimoine culturel, pratique intime et sujet parfois tabou, il incarne cette frontière fine entre héritage et modernité. Alors, simple tissu ou véritable allié du bien-être féminin ? Une chose est sûre : le Kodjo n’a pas fini de faire parler de lui et de révéler les secrets bien gardés des traditions africaines.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN