MÉDIAS / TNT en Côte d’Ivoire : 96 % de couverture, mais un modèle économique à bout de souffle.
À Grand-Bassam, les 15 et 16 mai 2026, le bilan de la Télévision numérique terrestre (TNT) en Côte d’Ivoire a pris des allures de paradoxe. D’un côté, un succès technique indéniable salué par le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly : 96 % du territoire national est désormais couvert.
À Grand-Bassam, les 15 et 16 mai 2026, le bilan de la Télévision numérique terrestre (TNT) en Côte d’Ivoire a pris des allures de paradoxe. D’un côté, un succès technique indéniable salué par le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly : 96 % du territoire national est désormais couvert. De l’autre, une réalité économique beaucoup plus fragile qui menace la pérennité du système.
Après plus de quatre années de déploiement, l’heure est donc à la lucidité. Représenté par son conseiller technique chargé de la communication gouvernementale et du porte-parolat, Gooré Bi Hué, le ministre n’a pas éludé les failles du dispositif. Le modèle actuel, largement basé sur le paiement des droits de diffusion par les chaînes gratuites et les bouquets payants, montre clairement ses limites.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 7,08 milliards de francs CFA de créances accumulées entre 2020 et 2026. Un poids financier considérable qui entrave sérieusement la mission de la Société ivoirienne de télédiffusion (IDT), notamment en matière de maintenance et d’exploitation du réseau.
Face à cette délicate équation, plusieurs pistes sont déjà sur la table. Modernisation des équipements FM de la RTI, exploitation des multiplex 2 et 3, extension de la couverture aux 4 % de zones blanches restantes, ou encore intégration des chaînes TNT à une plateforme nationale OTT : le chantier s’annonce vaste. À cela s’ajoute l’ambition d’élargir l’offre avec de nouvelles chaînes internationales, pour rendre la TNT plus attractive et compétitive.
Mais au-delà des annonces, les participants à l’atelier ont formulé des recommandations concrètes : révision de la tarification des droits de diffusion, réduction des coûts d’autorisation, annulation de certaines dettes envers la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), ou encore réaménagement du cadre réglementaire existant, notamment le décret n°2019-295 du 3 avril 2019.
Autre levier jugé crucial : instaurer un dialogue permanent entre les opérateurs et le diffuseur, tout en permettant à l’IDT d’exploiter le multiplex 2 (Mux2) en clair à titre exceptionnel. Un signal fort pour dynamiser le secteur. Enfin, tous s’accordent sur un point souvent négligé : sans une meilleure communication et sensibilisation des populations, la TNT, aussi performante soit-elle techniquement, ne pourra atteindre son plein potentiel. Car au fond, le défi est désormais clair : après avoir conquis le territoire, la TNT ivoirienne doit maintenant conquérir sa viabilité. Et dans cette nouvelle bataille, la technologie seule ne suffira plus.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



0 Commentaire(s)