TECHNOLOGIE / Côte d’Ivoire : un virage numérique décisif pour traquer les déchets industriels dangereux.

TECHNOLOGIE / Côte d’Ivoire : un virage numérique décisif pour traquer les déchets industriels dangereux.

À Abidjan, le mercredi 15 avril 2026 marque un tournant discret mais stratégique dans la gouvernance environnementale. Sous l’impulsion du ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, la Côte d’Ivoire a officiellement levé le voile sur un outil appelé à transformer en profondeur la gestion des déchets industriels dangereux : le SIGSDID.


À Abidjan, le mercredi 15 avril 2026 marque un tournant discret mais stratégique dans la gouvernance environnementale. Sous l’impulsion du ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Abou Bamba, la Côte d’Ivoire a officiellement levé le voile sur un outil appelé à transformer en profondeur la gestion des déchets industriels dangereux : le SIGSDID. 

Derrière cet acronyme technique, Système Intégré de Gestion et de Suivi des Déchets Industriels Dangereux, se cache une ambition claire : mettre fin aux zones d’ombre qui entourent encore une grande partie des flux de déchets toxiques. Car aujourd’hui, le constat est sans appel. Sur plus de 625 000 tonnes produites chaque année, selon le Centre ivoirien antipollution, une majorité échappe toujours aux circuits formels.

Le cœur de cette innovation repose sur la traçabilité numérique. Grâce à un bordereau électronique (e-BSD), chaque déchet pourra désormais être suivi à la trace, de sa production jusqu’à son traitement final. Une révolution silencieuse dans un secteur longtemps marqué par l’informel, les pertes de données et les défaillances de contrôle. 

Pensé dans une logique de transformation digitale, le système centralise les données, automatise les procédures et impose une transparence jusque-là difficile à atteindre. Pour les autorités, l’objectif est double : renforcer la conformité réglementaire des entreprises et doter l’État d’un outil fiable pour piloter ses politiques environnementales.

Mais au-delà de la technologie, c’est une bataille structurelle qui se joue. Avec l’industrialisation croissante et l’urbanisation accélérée, la pression sur l’environnement s’intensifie. Le SIGSDID apparaît ainsi comme une réponse stratégique pour anticiper les dérives, identifier les flux clandestins et canaliser progressivement les déchets vers des filières agréées. 

Le déploiement, lui, se fera par étapes. Les huiles usagées et les résidus d’hydrocarbures seront les premiers concernés, avant une généralisation à l’ensemble des déchets industriels dangereux à l’horizon 2028. Une échéance qui laisse peu de place à l’improvisation. Car derrière les chiffres et les plateformes numériques, c’est une réalité bien concrète qui se dessine : celle d’un pays qui tente de reprendre le contrôle sur ce qu’il ne voit pas encore.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN