CULTURE / CÔTE D’IVOIRE : Après 110 ans d’exil, le tambour sacré Djidji Ayôkwê s’apprête à regagner la terre Ébrié
CULTURE / CÔTE D’IVOIRE : Après 110 ans d’exil, le tambour sacré Djidji Ayôkwê s’apprête à regagner la terre Ébrié
Un documentaire de Agence Presse Audio
Le retour annoncé du Djidji Ayôkwê, tambour sacré et symbole majeur du peuple Ébrié, marque une étape historique dans le processus de restitution du patrimoine africain.
Un documentaire de
Agence Presse Audio
Mise en ligne
12 Décembre 2025
Réalisation
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Production
Agence Presse Audio
Le retour annoncé du Djidji Ayôkwê, tambour sacré et symbole majeur du peuple Ébrié, marque une étape historique dans le processus de restitution du patrimoine africain. Pillé en 1916 par l’administration coloniale française et conservé depuis au musée du Quai Branly Jacques Chirac, cet objet rituel d’une puissance exceptionnelle retrouvera bientôt son territoire d’origine, grâce à une mobilisation diplomatique constante et à la volonté affirmée de la Côte d’Ivoire de reconquérir ses trésors culturels.
Le Djidji Ayôkwê : un instrument spirituel, politique et stratégique
Sculpté dans un bois sacré et baptisé « Panthère-Lion », le Djidji Ayôkwê n’était pas un simple tambour. Au sein de la société Ébrié, il servait à transmettre des messages codés à grande distance, rassembler les guerriers, réguler la vie communautaire, protéger le village et symboliser l’autorité spirituelle des lignages. Ses vibrations, en faisaient un outil central de communication et de cohésion. En 1916, considérant son influence comme une menace pour la « pacification » coloniale, les autorités françaises le confisquent. Transporté à Abidjan puis envoyé en France, il entre, quelques années plus tard, dans les collections occidentales où il demeure plus d’un siècle.
Une mobilisation ivoirienne constante pour sa restitution
Depuis la publication du rapport Savoy-Sarr en 2018 sur la restitution des biens africains, la Côte d’Ivoire a intensifié ses démarches officielles. Les étapes clés sont les suivantes : 2018–2019 : premières requêtes ivoiriennes adressées à la France ; 2022–2023 : échanges bilatéraux renforcés entre ministères de la Culture ; Avril 2024 : dépôt d’une liste prioritaire incluant le Djidji Ayôkwê ; Juin 2025 : mission technique ivoirienne au Quai Branly pour finaliser les procédures. Le Ministère de la Culture et de la Francophonie, l’Ambassade de Côte d’Ivoire en France, la Chefferie Tchagba, ainsi que des experts juridiques et patrimoniaux ont joué un rôle déterminant. Pour la ministre Françoise Remarck, ce rapatriement constitue « un acte de justice, de mémoire et de réparation culturelle ».
La position française : ouverture politique, cadre juridique strict
Si la France affirme depuis 2020 sa volonté de restituer certains objets symboliques, les collections publiques restent légalement inaliénables. Chaque restitution nécessite un examen juridique, un accord ministériel et parfois une loi spécifique. S’agissant du Djidji Ayôkwê, les échanges sont qualifiés de constructifs, bien que techniquement exigeants.
Une restitution prévue pour le premier semestre 2026
Selon des sources diplomatiques concordantes, le retour du tambour devrait intervenir d’ici mi-2026, le temps de finaliser les procédures françaises de déclassement et d’achever en Côte d’Ivoire l’aménagement d’un espace adapté à son accueil et à sa conservation.
La désacralisation à Paris : un geste fondateur
Avant son rapatriement, une cérémonie de désacralisation a été conduite à Paris par les autorités traditionnelles Ébrié. Ce rituel marque : la libération spirituelle de l’objet, la rupture entre ses forces mystiques et sa matérialité, l’autorisation rituelle du déplacement, et la réappropriation symbolique par son peuple. Un geste hautement symbolique qui reconnecte le tambour à son identité originelle.
Un retour chargé de sens pour la souveraineté culturelle ivoirienne
Le rapatriement du Djidji Ayôkwê s’inscrit dans la stratégie nationale de réhabilitation du patrimoine, de valorisation des cultures autochtones et de consolidation de la mémoire collective. Pour l’État ivoirien, il s’agit de rappeler que « nul peuple ne peut se projeter sans ses symboles fondateurs ». Au-delà de l’objet, c’est l’histoire, la dignité et la continuité culturelle du peuple Ébrié et de la Côte d’Ivoire qui reprennent leur place.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



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