Diaspora : l’appel d’Alger face au scepticisme des migrants, appelés Harragas.

Diaspora : l’appel d’Alger face au scepticisme des migrants, appelés Harragas.

Diaspora : l’appel d’Alger face au scepticisme des migrants, appelés Harragas.

Un documentaire de Agence Presse Audio


L’Algérie a annoncé une mesure exceptionnelle à destination de ses ressortissants vivant à l’étranger sans statut légal. À l’issue du Conseil des ministres du 11 janvier 2026, la présidence a fait état d’un décret autorisant la régularisation administrative des Algériens en situation « irrégulière et de précarité ».

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13 Janvier 2026


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L’Algérie a annoncé une mesure exceptionnelle à destination de ses ressortissants vivant à l’étranger sans statut légal. À l’issue du Conseil des ministres du 11 janvier 2026, la présidence a fait état d’un décret autorisant la régularisation administrative des Algériens en situation « irrégulière et de précarité ». Ce dispositif ouvre notamment la voie à la délivrance de nouveaux passeports au sein des représentations consulaires. Présentée comme un geste à caractère humanitaire, l’initiative pourrait concerner des dizaines de milliers de personnes, sans toutefois susciter un réel enthousiasme parmi les migrants concernés.

Les autorités affirment vouloir tendre la main à des jeunes ayant quitté le pays clandestinement, souvent par le biais des réseaux de la « harga », et aujourd’hui confrontés à une extrême précarité à l’étranger. Selon la présidence, la majorité de ces migrants n’aurait commis que des infractions mineures et vivrait dans l’isolement, loin de leurs proches, parfois exposée à l’exploitation ou à des formes d’instrumentalisation. Le décret exclut néanmoins toute personne impliquée dans des crimes graves, des trafics ou des atteintes à la sécurité nationale.

Depuis plus de deux décennies, des milliers d’Algériens prennent la mer au péril de leur vie pour rejoindre l’Europe, principalement l’Espagne et l’Italie. Nombre d’entre eux arrivent sans papiers, après avoir « brûlé » leurs documents d’identité, et se retrouvent enfermés dans une double illégalité : dépourvus de statut dans les pays d’accueil et dans l’impossibilité de rentrer en Algérie, faute de passeport. La mesure annoncée vise précisément à lever cet obstacle administratif majeur. Sur le terrain, toutefois, la méfiance reste de mise. De nombreux harragas redoutent que cette régularisation ne serve, à terme, de prélude à des poursuites judiciaires ou à diverses tracasseries une fois de retour au pays. Cette inquiétude est d’autant plus vive que l’émigration clandestine demeure pénalement réprimée depuis 2009, avec des peines de prison et des amendes prévues par la loi.

Au-delà des aspects juridiques, la question du retour se heurte à une réalité plus profonde. Ceux qui ont quitté l’Algérie l’ont souvent fait non seulement pour des raisons économiques, mais aussi par quête d’horizons nouveaux et d’un avenir qu’ils jugeaient inaccessible dans leur pays. Le désenchantement politique et social ayant suivi les espoirs nés du mouvement de contestation de 2019 continue de peser lourdement.

Faute de garanties claires et de perspectives concrètes de réinsertion, l’appel lancé par Alger risque ainsi de demeurer largement symbolique. Pour nombre de harragas, la possession d’un passeport ne suffit pas à effacer les raisons du départ ni à justifier un retour définitif.

Texte : La plume de la Bagoué

Récit : Marie-Paule N’GUESSAN