CULTURE / Lac Nyos : retour sur la nuit où le lac a tué en silence au Cameroun.
Il y a 40 ans, dans la nuit du 21 au 22 août 1986, un lac paisible du Nord-Ouest camerounais devenait le théâtre d’une catastrophe aussi silencieuse que terrifiante. Le lac Nyos, niché dans un ancien cratère volcanique, libérait brutalement un immense nuage de dioxyde de carbone. En quelques secondes, 1 746 personnes et quelque 3 500 animaux perdaient la vie.
Il y a 40 ans, dans la nuit du 21 au 22 août 1986, un lac paisible du Nord-Ouest camerounais devenait le théâtre d’une catastrophe aussi silencieuse que terrifiante. Le lac Nyos, niché dans un ancien cratère volcanique, libérait brutalement un immense nuage de dioxyde de carbone. En quelques secondes, 1 746 personnes et quelque 3 500 animaux perdaient la vie.
La journée avait pourtant commencé comme toutes les autres. À 1 091 mètres d’altitude, les habitants de Nyos, Cha et Su-Bum vaquaient à leurs occupations, entre agriculture et élevage. Puis, entre 21h et 22h, un grondement fut entendu. Les scientifiques évoqueront par la suite un mouvement brutal des eaux, probablement déclenché par un phénomène géologique.
Au fond du lac dormait alors un véritable piège naturel : des eaux profondes chargées en CO₂ depuis des années. Comme une bouteille gazeuse brusquement ouverte, le lac libéra son gaz. Invisible, inodore et plus lourd que l’air, le nuage descendit dans les vallées, chassant l’oxygène sur son passage.
Au matin, le silence avait remplacé la vie.
Ngong Monica, survivante de Su-Bum, raconte : « Partout où je passais, je voyais des morts, y compris des animaux, des oiseaux. » Dans sa concession, 54 personnes sur 56 avaient péri. Le drame déclencha une vaste opération de secours. Le président Paul Biya se rendit sur place le 24 août. Des équipes médicales camerounaises et internationales, notamment 17 experts israéliens, furent mobilisées. Les églises catholique et presbytérienne jouèrent également un rôle majeur auprès des survivants.
Mais Nyos allait surtout changer la science.
Les chercheurs découvrirent qu’un lac volcanique pouvait accumuler d’énormes quantités de gaz invisibles et devenir, sans signe apparent, une menace mortelle. En 2001, un premier tube de dégazage fut installé à environ 203 mètres de profondeur. Depuis, le CO₂ est progressivement évacué afin de réduire le risque d’une nouvelle catastrophe. Pourtant, le lac continue naturellement de recevoir du gaz depuis les profondeurs de la Terre.
La surveillance demeure donc indispensable. Quarante ans après, Nyos n’est plus seulement le souvenir d’une tragédie. Il est devenu un laboratoire à ciel ouvert et un cas d’école mondial sur les dangers invisibles de la nature. Et derrière les chiffres, il reste surtout une mémoire : celle de villages où, en une seule nuit, un lac que l’on regardait comme un simple trésor naturel est devenu une tombe silencieuse.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



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