Culture/ MASA 2026 : Le corps insurgé de Johana Malédon ou l’art de briser les étiquettes.

Culture/ MASA 2026 : Le corps insurgé de Johana Malédon ou l’art de briser les étiquettes.

Au cœur de la fournaise créative du MASA 2026, la Guyanaise Johana Malédon a imposé un silence de cathédrale avec son dernier solo conceptuel le mercredi 15 avril 2026 à la salle Kodjo Ebouclé du Palais de la Culture de Treichville.


Au cœur de la fournaise créative du MASA 2026, la Guyanaise Johana Malédon a imposé un silence de cathédrale avec son dernier solo conceptuel le mercredi 15 avril 2026 à la salle Kodjo Ebouclé du Palais de la Culture de Treichville. Plus qu’une simple performance, sa proposition est une déflagration chorégraphique qui ausculte, avec une précision chirurgicale, les noces barbares entre la chair et le verbe.

Sur scène, un écran LED crache des mots aléatoires, telles des sentences numériques tentant d'emprisonner l'identité. Face à ce miroir froid, Malédon engage un dialogue évolutif où le sens se construit et se démantèle dans l’urgence de l’instant. Sa présence est un paradoxe vivant : elle est là, ancrée dans le sol d’Abidjan, tout en restant superbement insaisissable.

Son corps refuse la soumission aux étiquettes. Entre fluidité et fragmentation, elle absorbe le langage projeté pour mieux le déformer, le rejeter ou le transcender par des gestes d’une audace inattendue. L’écran n’est plus un accessoire, mais un partenaire pugnace que la danseuse finit par dompter, affirmant la souveraineté du muscle sur le lexique.

Cette œuvre se lit comme un manifeste politique discret contre la tyrannie des catégories identitaires. Si la densité conceptuelle de la pièce exige un spectateur aux aguets, sa force réside précisément dans cette opacité libératrice. Malédon ne livre pas de réponses prémâchées ; elle offre un espace de résistance où l’ambiguïté devient le plus beau des refuges. En célébrant la métamorphose permanente, la chorégraphe guyanaise rappelle au public du MASA que le corps, lorsqu’il s’insurge, est le seul récit qui ne peut être imposé. Une méditation saisissante qui fera date.

Texte et récit : Silvère Bossiei