MÉDIAS / Audiovisuel public : Vincent Bolloré sort du silence et déroule sa vision sans opposition.

MÉDIAS / Audiovisuel public : Vincent Bolloré sort du silence et déroule sa vision sans opposition.

C’est un événement rare : Vincent Bolloré a accepté de se livrer devant une commission parlementaire. Lui qui fuit habituellement micros et caméras s’est exprimé longuement, le 24 mars 2026, devant l’Assemblée nationale en France, dans une audition étonnamment apaisée.


C’est un événement rare : Vincent Bolloré a accepté de se livrer devant une commission parlementaire. Lui qui fuit habituellement micros et caméras s’est exprimé longuement, le 24 mars 2026, devant l’Assemblée nationale en France, dans une audition étonnamment apaisée. Peu inquiété par les députés, le patron du groupe Vivendi a soigneusement évité toute attaque frontale contre France Télévisions.

 « Rien à reprocher, ni à glorifier », tranche-t-il, tout en plaidant pour une réduction drastique de son budget, estimé à 4 milliards d’euros. Dans un discours résolument libéral, il propose même un retour de la publicité et une réaffectation des fonds publics vers des secteurs comme l’agriculture. Mais derrière ce ton mesuré, le milliardaire breton n’a pas manqué de régler ses comptes.

Il s’est présenté comme un « bouc émissaire », accusant une « petite caste » médiatique et politique d’avoir contribué à la disparition de C8, décidée par l’Arcom. Même tonalité pour CNews, qu’il défend comme une voix « libre » et dérangeante. Sur le dossier sensible de Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs en debut d’année, Bolloré a surpris. Condamnation ferme des faits, mais appel au pardon : « La justice est passée, maintenant la miséricorde doit passer », affirme-t-il, assumant une position influencée par sa foi chrétienne.

Entre confidences personnelles, plaidoyer idéologique et défense de son empire médiatique, l’audition aura surtout marqué par son absence de tension. Rarement un dirigeant aussi controversé aura été aussi peu bousculé. En quittant la salle avec vingt minutes d’avance et sous les sourires des députés, Vincent Bolloré aura réussi un exercice délicat : parler beaucoup, sans vraiment être contredit… ni inquiété.  Un silence brisé, mais un rapport de force intact.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN