SANTÉ / Ivre sans boire : le mystère troublant du syndrome d’« auto-brasserie » qui a fait acquitter un Belge.

SANTÉ / Ivre sans boire : le mystère troublant du syndrome d’« auto-brasserie » qui a fait acquitter un Belge.

Contrôlé avec un taux d’alcool record sans avoir réellement bu. L’histoire paraît invraisemblable, et pourtant elle est bien réelle. En Belgique, un homme de 42 ans a été acquitté après avoir été interpellé en mai 2025 avec 3,56 grammes d’alcool dans le sang, lors d’un simple contrôle routier.


Contrôlé avec un taux d’alcool record sans avoir réellement bu. L’histoire paraît invraisemblable, et pourtant elle est bien réelle. En Belgique, un homme de 42 ans a été acquitté après avoir été interpellé en mai 2025 avec 3,56 grammes d’alcool dans le sang, lors d’un simple contrôle routier. Face aux policiers, il assure n’avoir consommé que deux verres de cava (vin effervescent espagnol). Une défense qui semblait fragile, jusqu’à ce que la médecine s’en mêle.

Quelques semaines plus tard, après une crise d’épilepsie ayant nécessité son admission aux urgences, le diagnostic tombe : il est atteint du syndrome d’« auto-brasserie », aussi appelé auto-fermentation. Une maladie rarissime qui transforme les glucides consommés, pain, pommes de terre, en alcool directement dans l’organisme.

Selon une étude du laboratoire de pharmacologie-toxicologie du CHU Raymond-Poincaré de Garches en France, ce phénomène trouve souvent son origine dans un déséquilibre de la flore intestinale. Des levures prennent alors le dessus dans le système digestif et fermentent les sucres, exactement comme dans une brasserie. Résultat : de l’éthanol est produit, passe dans le sang, et provoque une véritable ivresse, sans aucune consommation d’alcool.

Un cas si rare que l’avocat de l’homme, Me Thomas Vandemeulebroucke, évoque à peine une quinzaine de patients recensés dans le monde. Après expertise médicale, le tribunal a finalement reconnu la force majeure et prononcé son acquittement, un an après les faits. 

Mais derrière cette affaire spectaculaire se cache une réalité médicale lourde : certains patients peuvent développer une forme de dépendance involontaire. Leur prise en charge repose alors sur un suivi en addictologie, combiné à des traitements antifongiques pour rééquilibrer la flore intestinale. Une maladie invisible, déroutante, et qui rappelle que, parfois, le corps peut devenir sa propre brasserie.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN