TECHNOLOGIE / Deepfakes : l’Union européenne dégaine contre les IA qui « déshabillent » sans consentement.

TECHNOLOGIE / Deepfakes : l’Union européenne dégaine contre les IA qui « déshabillent » sans consentement.

C’est une décision forte qui marque un tournant dans la régulation de l’Intelligence artificielle (IA). Le Parlement européen a entériné, mardi 16 juin 2026, l’interdiction des services d’IA capables de « dénuder » des personnes à partir de simples photos, sans leur consentement.


C’est une décision forte qui marque un tournant dans la régulation de l’Intelligence artificielle (IA). Le Parlement européen a entériné, mardi 16 juin 2026, l’interdiction des services d’IA capables de « dénuder » des personnes à partir de simples photos, sans leur consentement. Une pratique aussi choquante que dangereuse, désormais dans le viseur de la Belgique.

Adopté à une large majorité (423 voix contre 57) lors d’une session à Strasbourg (France), le texte doit encore recevoir l’approbation finale des 27 États membres, une formalité, ceux-ci ayant déjà donné leur feu vert provisoire en mai dernier. L’entrée en vigueur est fixée au 2 décembre. À partir de cette date, toutes les IA opérant dans l’Union européenne (UE) devront intégrer des garde-fous techniques empêchant la génération de tels contenus.

Cette initiative s’inscrit dans le sillage d’un scandale retentissant. Il y a six mois, une fonctionnalité controversée introduite dans ‘’Grok’’, l’assistant d’intelligence artificielle d’Elon Musk, permettait de créer des montages hyperréalistes, des « deepfakes », représentant des adultes et même des enfants nus, à partir d’images réelles. L’indignation internationale avait été immédiate, poussant l’Union européenne à ouvrir une enquête.

Pour les législateurs, il était urgent d’agir. « Ces systèmes humilient, dégradent et traitent les victimes comme des objets », a dénoncé l’eurodéputé irlandais Michael McNamara lors des débats. Il a rappelé que les personnes ciblées sont « très majoritairement des femmes et des enfants », renforçant l’urgence d’une réponse légale ferme.

Cette interdiction s’inscrit dans une révision plus large de l’AI Act, la législation pionnière de l’Union européenne en matière d’intelligence artificielle. Dans le même mouvement, les eurodéputés ont accepté de repousser l’application des règles encadrant les IA dites « à hauts risques », utilisées notamment dans la santé, la sécurité ou les droits fondamentaux. Les entreprises auront désormais jusqu’au 2 décembre 2027, voire août 2028 pour certains systèmes intégrés, pour se mettre en conformité.

Pour la députée suédoise Arba Kokalari, ce vote envoie un signal clair : « L’Union européenne montre qu’elle prend au sérieux le développement de l’IA et qu’elle peut adapter rapidement ses politiques publiques face aux évolutions technologiques. » Reste une réalité : la technologie évolue plus vite que les lois. Mais avec cette interdiction, l’Europe trace une ligne rouge nette, celle du respect de la dignité humaine. Une frontière que même les intelligences artificielles ne pourront plus franchir.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN