CULTURE / Les matrones : gardiennes de la vie, entre héritage ancestral et modernité sanitaire.

CULTURE / Les matrones : gardiennes de la vie, entre héritage ancestral et modernité sanitaire.

CULTURE / Les matrones : gardiennes de la vie, entre héritage ancestral et modernité sanitaire.

Un documentaire de Agence Presse Audio


Longtemps restées dans l’ombre des systèmes de santé officiels, les matrones, ces accoucheuses traditionnelles, incarnent pourtant l’un des piliers les plus anciens et les plus respectés des sociétés africaines. Dépositaires d’un savoir transmis de génération en génération, elles ont accompagné des milliers de naissances, souvent là où ni médecins ni sages-femmes n’étaient disponibles.

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04 Mai 2026


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Longtemps restées dans l’ombre des systèmes de santé officiels, les matrones, ces accoucheuses traditionnelles, incarnent pourtant l’un des piliers les plus anciens et les plus respectés des sociétés africaines. Dépositaires d’un savoir transmis de génération en génération, elles ont accompagné des milliers de naissances, souvent là où ni médecins ni sages-femmes n’étaient disponibles. 

Dans les villages comme dans les zones reculées, la matrone n’est pas qu’une accoucheuse. Elle est conseillère, guérisseuse, confidente. Elle connaît les plantes, les gestes, les signes du corps. Elle lit la grossesse comme un langage vivant : contractions, position du fœtus, dilatation, autant d’indicateurs qu’elle interprète avec une précision acquise par l’expérience plutôt que par les livres.

Autrefois, l’accouchement se déroulait presque exclusivement à domicile, sous son regard attentif. Entourée d’autres femmes, elle massait, rassurait, administrait des remèdes naturels pour soulager la douleur ou accélérer le travail. À la naissance, elle accueillait l’enfant, coupait le cordon, veillait à ses premiers signes de vie. Un rôle total, à la frontière entre médecine, spiritualité et tradition. 

Mais cette pratique n’a pas été sans critiques. L’absence de normes d’asepsie et les limites face aux complications ont contribué à des taux élevés de mortalité maternelle et infantile. Avec la médicalisation progressive, les autorités ont tenté de reléguer les matrones au second plan, les jugeant archaïques. En vain. Car malgré les hôpitaux et les campagnes de sensibilisation, elles sont restées incontournables. Pourquoi ? Parce qu’elles inspirent confiance, parlent le même langage que les communautés et restent souvent la seule option accessible. Aujourd’hui, une transformation silencieuse s’opère.

 Les matrones ne disparaissent pas : elles évoluent. Formées aux gestes essentiels, sensibilisées aux risques et à l’hygiène, elles deviennent des relais de santé communautaire. Elles orientent les cas à risque vers les centres médicaux, accompagnent les femmes enceintes en amont et collaborent avec les sages-femmes. Cette alliance, autrefois impensable, sauve désormais des vies.

Elle réconcilie tradition et science, proximité et sécurité. Car au fond, la matrone n’a jamais été qu’une simple accoucheuse. Elle est le symbole d’un savoir féminin ancien, d’une solidarité communautaire et d’un lien indéfectible entre la vie, la culture et la transmission. Et si, dans le silence des villages, elle continue d’aider à donner la vie, c’est peut-être parce que certaines mains, même sans diplôme, portent encore la mémoire du monde.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN