SANTÉ / Dossier : « DSSR & Planification Familiale : De la maternité au cimetière, le combat d’un fossoyeur contre l’ignorance et les tabous de sa communauté en Côte d’Ivoire.
SANTÉ / Dossier : « DSSR & Planification Familiale : De la maternité au cimetière, le combat d’un fossoyeur contre l’ignorance et les tabous de sa communauté en Côte d’Ivoire.
Un documentaire de Agence Presse Audio
Ici, la terre rouge finit toujours par recouvrir les erreurs des vivants. Dans ce cimetière de la localité de Duékoué, les journées se suivent et se ressemblent tragiquement. Mais aujourd’hui, l’homme qui manie la pelle a décidé de briser la loi du silence. Il s’appelle Makadi Karim. Il est fossoyeur. Et ce qu’il enterre ces derniers temps, ce sont trop souvent des enfants et de jeunes mères de sa propre communauté.
Un documentaire de
Agence Presse Audio
Mise en ligne
14 Août 2026
Réalisation
Agence Presse Audio
Mise en onde & mix
Agence Presse Audio
Illustration
Agence Presse Radio
Production
Agence Presse Audio
Ici, la terre rouge finit toujours par recouvrir les erreurs des vivants. Dans ce cimetière de la localité de Duékoué, les journées se suivent et se ressemblent tragiquement. Mais aujourd’hui, l’homme qui manie la pelle a décidé de briser la loi du silence. Il s’appelle Makadi Karim. Il est fossoyeur. Et ce qu’il enterre ces derniers temps, ce sont trop souvent des enfants et de jeunes mères de sa propre communauté.
Un cri du cœur jeté sur les réseaux sociaux, devenu viral en quelques heures. L’indignation d’un homme face à un fléau silencieux : la réticence à fréquenter les centres de santé et le rejet de la planification familiale. Dans certaines franges de la communauté, le poids des traditions, la peur du regard des autres ou de fausses interprétations religieuses poussent des familles à fuir la médecine moderne.
Pourtant, sur le plan national, les chiffres montrent que le changement est possible. Selon les données de l’Agence Nationale de la Statistique, grâce au déploiement stratégique du Plan National de Développement Sanitaire (PNDS), la Côte d’Ivoire enregistre une baisse encourageante des taux de mortalité par rapport à la décennie précédente :
La mortalité maternelle chute de 614 à 377-385 pour 100 000 naissances vivantes, tandis que les mortalités infanto-juvénile et néonatale baissent respectivement de 96 ‰ à 60,5 ‰ et de 33 ‰ à 22,5 ‰, ce qui s’explique par une hausse des accouchements assistés par du personnel qualifié de 59 % à 84 % ainsi que par la progression du suivi prénatal complet de 44 % à 57 %. Des progrès indéniables, mais qui heurtent encore de plein fouet les réalités de certaines régions du pays.
À des milliers de kilomètres du cimetière de Duekoué et au cœur des grands centres urbains, les structures sanitaires de premier contact se battent au quotidien. Exemple à la Formation Sanitaire à base Communautaire (FSUCOM) de Yopougon Toit Rouge qui enregistre une hausse constante de sa fréquentation avec des milliers de consultations maternelles annuelles et un taux d’accouchements assistés dépassant les 85 %. Mais le véritable défi reste la prévention et l’acceptation de la contraception dès les premières consultations. Au sein de cette maternité qui ne désemplit pas, Coulibaly Fatoumata, sage-femme en service, constate quotidiennement l’impact de ces retards de prise en charge et des préjugés sur la santé des mères et des nouveau-nés.
Des progrès sur le terrain qui se traduisent par un changement progressif mais réel des mentalités. Si les préjugés religieux ont longtemps constitué un frein majeur à la contraception, la sensibilisation de proximité commence à porter ses fruits. Coulibaly Fatoumata témoigne de ces avancées significatives observées au quotidien dans ses services : La religion, justement. Est-elle vraiment un frein à la santé de la reproduction ? Pour dénouer ce nœud socioculturel, nous avons poussé la porte de la mosquée El Hadj Cissé Mamadou, située dans la commune d’Adjamé.
Léger écho de la cour de la mosquée, murmures de prières et psalmodies en arrière-plan. Imam Sanogo Tidjane, adjoint à l’imam de la mosquée El Hadj Cissé Mamadou d’Adjamé, connaît bien les réticences de ses fidèles. Mais il est catégorique : l’ignorance tue, et la foi ne justifie en rien de sacrifier des vies humaines ou de refuser la médecine.
Pourtant, malgré la clarté des discours religieux et la proximité des centres de soins, le blocage persiste au cœur des foyers. Pour comprendre les racines profondes de ce refus de l’hôpital, il faut analyser les normes sociales qui régissent la communauté. Diarrassouba Aboubacar, sociologue de la santé et inspecteur en chef option éducation spécialisée, décrypte ce mécanisme de rejet.
Comment alors transformer cet électrochoc en une action pérenne sur le terrain ? Pour enrichir la réflexion et proposer des solutions concrètes, nous avons interrogé M. Adonis Bleu, journaliste et anthropologue-chercheur. Selon lui, la clé réside dans une revalorisation des canaux d’information de proximité et une meilleure synergie communautaire.
Sur le terrain, face aux fosses communes et à la douleur des familles, le constat reste amer mais l’espoir renaît. Makadi Karim, lui, ne veut plus fermer les yeux ni se taire. Pour lui, chaque enterrement évitable est un drame de trop. La parole du fossoyeur aura eu le mérite d’agir comme un électrochoc. Dans les quartiers de Yopougon, d’Adjamé comme dans les contrées de Duékoué, le débat est désormais sur la place publique. Les jeunes générations, elles, commencent à briser ce tabou, poussant les portes des plannings familiaux pour reprendre le contrôle de leur corps, de leur santé et de leur avenir.
Entre les croyances et les dispensaires, il reste encore des ponts à bâtir. Mais une certitude demeure : les Droits et la Santé Sexuelle et Reproductive (DSSR) ne sont pas des concepts importés. C’est, tout simplement, le rempart le plus solide entre la maternité et le cimetière.
Texte et récit : Silvere Bossiei



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