ÉCONOMIE / Eco : la Guinée freine et mise sur son franc, un choix stratégique qui bouscule la CEDEAO.
À quelques mois du lancement annoncé de l’Eco, la future monnaie unique de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la Guinée crée la surprise. Conakry a décidé de temporiser et de conserver son franc guinéen, préférant la prudence à un saut jugé prématuré dans l’union monétaire ouest-africaine.
À quelques mois du lancement annoncé de l’Eco, la future monnaie unique de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la Guinée crée la surprise. Conakry a décidé de temporiser et de conserver son franc guinéen, préférant la prudence à un saut jugé prématuré dans l’union monétaire ouest-africaine.
Pourtant impliquée dans les travaux préparatoires, la Guinée ne ferme pas la porte à l’Eco. Mais pour de nombreux économistes, le pays n’est tout simplement pas prêt. En toile de fond : une économie encore fragile, une production insuffisante et des critères de convergence difficiles à atteindre à court terme.
Bella Bah, économiste et activiste de la société civile, met en garde contre une intégration précipitée : « La Guinée n'a pas intérêt à court terme à intégrer une zone monétaire. Nous devons d’abord travailler sur notre économie et renforcer notre capacité de production. Sans cela, intégrer une zone monétaire risque d’asphyxier notre économie. Il est essentiel de préserver notre indépendance monétaire, à l’image de pays comme le Botswana, le Canada ou la Norvège. »
Un autre facteur pèse lourd dans la balance : la structure des échanges commerciaux du pays. L’économiste Mohamed Camara souligne une réalité souvent ignorée : « La Guinée n'échange que 16 % avec ses six voisins. Plus de 80 % de ses exportations sont dirigées vers l’Asie, notamment la Chine. Intégrer cette zone pourrait limiter certains leviers économiques. » Derrière cette décision, se dessine une stratégie claire : prendre le temps de consolider les bases économiques avant toute intégration monétaire. Conakry choisit donc d’observer, d’analyser et surtout de se préparer.
Alors que les discussions se poursuivent au sein de la task force ouest-africaine, une nouvelle réunion est attendue avant décembre 2026 pour trancher des questions cruciales, notamment le régime de change et le fonctionnement de la future Banque centrale de l’Eco.
Entre prudence économique et ambition régionale, la Guinée joue sa propre partition. Une chose est sûre : dans la grande symphonie monétaire ouest-africaine, Conakry refuse pour l’instant de précipiter le tempo, préférant accorder ses instruments avant d’entrer dans l’orchestre.
Texte : Marie-Paule N'GUESSAN



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