CULTURE / Bondoukou : la ville aux mille mosquées, entre mystère, foi et héritage ancestral.
Nichée au nord-est de la Côte d’Ivoire, à plus de 400 km d’Abidjan, Bondoukou fascine autant qu’elle intrigue. Surnommée la « ville aux mille mosquées », elle incarne un carrefour historique où se mêlent spiritualité, commerce et traditions séculaires.
Nichée au nord-est de la Côte d’Ivoire, à plus de 400 km d’Abidjan, Bondoukou fascine autant qu’elle intrigue. Surnommée la « ville aux mille mosquées », elle incarne un carrefour historique où se mêlent spiritualité, commerce et traditions séculaires. Si Istanbul reste la référence mondiale en nombre de mosquées, Bondoukou cultive une singularité rare : ici, la foi s’invite jusque dans les concessions familiales, où chaque cour semble abriter son propre lieu de prière.
Fondée aux alentours de l’an 1043, la ville s’est construite au fil des siècles comme un creuset ethnique. Des peuples tels que les Gbin, les Koulango, les Nafana ou encore les Dioula y ont forgé une identité riche et plurielle. Mais derrière cette diversité se cache une histoire profondément marquée par l'islam et les grandes routes commerciales ouest-africaines. Les vestiges de cette époque glorieuse sont encore visibles, bien que souvent rongés par le temps. La mosquée attribuée à Samory Touré, figure emblématique de la résistance africaine, continue d’alimenter les récits : y a-t-il réellement séjourné ou simplement prié ? Le mystère demeure.
Non loin de là, la maison de Louis-Gustave Binger (Officier, explorateur et administrateur colonial), témoin de la pénétration coloniale en 1888, n’est plus qu’une silhouette de terre battue, fragile mais chargée de mémoire. Au cœur de la ville, la « première case » de Bondoukou, attribuée à Taki Adré (bâtisseur historique de la « Première Case » de ladite ville), revêt un caractère sacré. Chaque année, un rituel secret appelé « dagafiago » y est célébré par les Gbin. Offrandes, prières et libations rythment ce culte du feu destiné à protéger la cité. Une tradition jalousement conservée, où le visible flirte avec l’invisible.
Autre curiosité incontournable : le village de Soko, à la frontière ghanéenne. Ici, les singes ne sont pas de simples animaux, mais des êtres sacrés. Protégés depuis des générations depuis le pacte scellé par un chasseur nommé Tolè Mêla, ils vivent en parfaite harmonie avec les habitants. Nourris, respectés, parfois même enterrés comme des humains, ces primates attirent visiteurs et curieux, fascinés par cette cohabitation hors du commun.
Aujourd’hui, malgré l’usure du temps, Bondoukou conserve une âme intacte. Son musée des arts et traditions, son architecture soudanaise et son rôle stratégique dans le commerce transfrontalier témoignent d’une ville résiliente, tournée vers l’avenir sans renier son passé. À l’image de ses mosquées qui se dressent discrètement dans chaque quartier, Bondoukou ne se révèle jamais d’un seul regard. Elle se découvre, lentement… comme un secret bien gardé.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



0 Commentaire(s)