Guinée-Bissau : Le président Umaro Sissoco Embaló a-t-il orchestré son propre renversement ?

Guinée-Bissau : Le président Umaro Sissoco Embaló a-t-il orchestré son propre renversement ?

Le scénario politique en Guinée-Bissau vient de prendre une tournure des plus spectaculaires, soulevant une question troublante : le Président Umaro Sissoco Embaló, destitué, aurait-il lui-même manigancé le coup d’État ?


Le scénario politique en Guinée-Bissau vient de prendre une tournure des plus spectaculaires, soulevant une question troublante : le Président Umaro Sissoco Embaló, destitué, aurait-il lui-même manigancé le coup d’État ? L'armée a pris le pouvoir, suspendant toutes les institutions et le processus électoral, quelques heures seulement après que le candidat indépendant Fernando Dias, soutenu par l'opposition, ait revendiqué la victoire à la présidentielle. L'histoire récente du Président Embaló est marquée par des volte-face stratégiques. En septembre 2024, il annonçait qu'il ne se présenterait pas à sa propre succession, tout en promettant que ses principaux rivaux Domingos Simões Pereira (DSP), Nuno Nabiam et Braima Camará ne seraient jamais ses remplaçants.

Quelques mois plus tard, volte-face, le Président Umaro Sissoco Embaló revient sur sa parole pour se présenter, écartant même son principale adversaire, DSP de la course. Ce revirement trouve son épilogue tragique. Au soir de l'élection face à Fernando Dias, un putsch a été opéré. Le général de brigade Denis N'Canha, s'exprimant au nom du Haut Commandement militaire, a annoncé la destitution du Président et la suspension immédiate du processus électoral, invoquant le rétablissement de l'ordre.

Fait notoire, les militaires n'ont pas seulement arrêté le Président Embaló. Ils ont également interpellé ses rivaux : Domingos Simões Pereira (DSP) et Fernando Dias. Alors que le président renversé a pu communiquer avec les médias, ses opposants eux restent injoignables, leur lieu de détention étant inconnu. Cette situation est d'autant plus troublante : s'agit-il d'une première en Afrique, où un président déchu garde son téléphone pour communiquer avec la presse, tandis que ses opposants arrêtés sont coupés du monde ?

Pour l'opposition, l'hypothèse d'une manipulation orchestrée par Embaló lui-même est avancée. Estimant avoir perdu le scrutin, il aurait utilisé l'armée pour justifier une répression et annuler les résultats. Les militaires, de leur côté, justifient leur intervention par la nécessité d'agir contre des politiques et un baron de la drogue qui tentaient de déstabiliser le pays.

La capitale, Bissau, est déserte et sous forte surveillance militaire. Médias et réseaux sociaux sont suspendus ou restreints. Pourquoi cette différence de traitement et de communication entre le Président destitué et ses rivaux politiques ? Tandis que les questions s'accumulent sur le véritable commanditaire de ce putsch, est-ce alors la meilleure personne que prometait le Président Embaló le 12 septembre 2024 ? L'avenir politique de la Guinée-Bissau demeure pour le moment incertain.

Texte et récit : Sam Rivers