ACTUALITÉ DU CONTINENT / Afrique de l’Ouest : plus d’un travailleur sur deux, victime de violence ou de harcèlement au travail.
ACTUALITÉ DU CONTINENT / Afrique de l’Ouest : plus d’un travailleur sur deux, victime de violence ou de harcèlement au travail.
Un documentaire de Agence Presse Audio
Une nouvelle étude de l’Organisation internationale du travail (OIT) met en lumière une réalité longtemps passée sous silence dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
Un documentaire de
Agence Presse Audio
Mise en ligne
11 Mars 2026
Réalisation
Agence Presse Audio
Mise en onde & mix
Agence Presse Audio
Illustration
Agence Presse Audio
Production
Agence Presse Audio
Une nouvelle étude de l’Organisation internationale du travail (OIT) met en lumière une réalité longtemps passée sous silence dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Selon cette recherche menée au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, la violence et le harcèlement au travail touchent une proportion alarmante de travailleurs, avec des conséquences profondes sur la santé, la motivation et la productivité. Les chiffres révélés lors d’une conférence de presse en ligne le 9 mars 2026 sont édifiants. Plus de la moitié des salariés déclarent avoir été confrontés à des situations de violence ou de harcèlement dans leur environnement professionnel : 65 % au Sénégal, 58 % en Côte d’Ivoire et 43 % au Burkina Faso. Ces résultats confirment que ce phénomène, loin d’être marginal, reste massif et souvent sous-estimé.
Le rapport intitulé « Rendre visible l’invisible » révèle que les violences psychologiques dominent largement. Elles représentent 60 % des cas au Sénégal, 53 % en Côte d’Ivoire et 40 % au Burkina Faso. Ces agressions prennent diverses formes : humiliations, menaces, pressions ou intimidations. Les violences physiques arrivent ensuite, tandis que les violences sexuelles touchent particulièrement les femmes, souvent dans des interactions avec des clients ou des personnes extérieures au lieu de travail.
L’étude souligne également que ces violences ne se limitent pas aux bureaux ou aux ateliers. Elles surviennent aussi dans les transports publics, lors de contacts avec le public ou même dans les environnements numériques et le travail à distance. Les auteurs des faits ne sont pas toujours des collègues ou des supérieurs hiérarchiques : des clients, patients ou inconnus figurent aussi parmi les agresseurs les plus fréquents. Les conséquences pour les victimes sont lourdes. Jusqu’à la moitié d’entre elles déclarent une détérioration significative de leur santé mentale, avec des niveaux élevés de stress, d’anxiété et de dépression.
Près d’un tiers évoquent également des impacts physiques. Cette situation se traduit souvent par une baisse de motivation, une perte de confiance et une augmentation de l’absentéisme, affectant directement la productivité des entreprises. Malgré l’ampleur du phénomène, la majorité des cas restent dans l’ombre. Seuls 60 % des victimes disent signaler les incidents, et beaucoup préfèrent se confier à des proches plutôt qu’aux mécanismes officiels. La peur de la stigmatisation, des représailles ou la conviction que les faits ne sont « pas assez graves » expliquent en grande partie ce silence.
Face à ce constat, l’OIT appelle à une mobilisation accrue autour de la Convention n° 190 et de la Recommandation n° 206, premier cadre international visant à prévenir et éliminer la violence et le harcèlement dans le monde du travail. L’organisation plaide pour une approche inclusive, sensible au genre et reposant sur une responsabilité partagée entre États, employeurs et travailleurs. Car derrière les statistiques se cachent des millions de travailleurs qui continuent d’endurer en silence des situations de violence quotidienne. Pour l’OIT, rendre visible cette réalité est désormais la première étape pour briser le cycle du silence et construire des environnements de travail réellement sûrs et respectueux.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



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