CULTURE / Fête de l’igname chez les Agni : le tubercule sacré, mémoire vivante d’un peuple.
CULTURE / Fête de l’igname chez les Agni : le tubercule sacré, mémoire vivante d’un peuple.
Un documentaire de Agence Presse Audio
Vieille de plus de trois siècles, la fête de l’igname, appelée « Anaya », demeure l’une des célébrations culturelles et spirituelles les plus emblématiques du peuple Agni, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire.
Un documentaire de
Agence Presse Audio
Mise en ligne
16 Décembre 2025
Réalisation
Agence Presse Radio
Mise en onde & mix
Agence Presse Audio
Illustration
Agence Presse Audio
Production
Agence Presse Audio
Vieille de plus de trois siècles, la fête de l’igname, appelée « Anaya », demeure l’une des célébrations culturelles et spirituelles les plus emblématiques du peuple Agni, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire. Bien plus qu’un simple rituel agricole, elle incarne la mémoire collective, la reconnaissance envers les ancêtres et le renouvellement du pacte entre les vivants, les morts et les forces invisibles. Selon la tradition, lors de leur exode depuis l’ancien royaume ashanti, les ancêtres Agni découvrirent un tubercule providentiel : l’igname. Cette plante nourricière leur permit de survivre à la faim et aux épreuves du voyage. Dès lors, l’igname fut élevée au rang d’aliment salvateur, au point de devenir le socle symbolique d’une fête annuelle dédiée à la gratitude, à la prospérité et à la continuité de la vie.
Célébrée à la fin de la saison des pluies et au début de la saison sèche, généralement entre septembre et décembre, selon les royaumes, la fête de l’igname marque le passage de l’année finissante à la nouvelle année agricole et spirituelle. Chez les Agni, membres de la grande famille akan et détenteurs de royaumes historiques tels que le Sanwi, l’Indénié ou le Moronou, cette cérémonie se déroule au cœur de la Cour royale, sous l’autorité du roi. Figure centrale et sacrée, le roi Agni est considéré comme l’incarnation vivante du peuple. Intermédiaire entre le monde visible et l’invisible, il garantit l’équilibre spirituel et la prospérité du royaume. La fête de l’igname renforce ce lien sacré : le peuple, uni autour de son souverain, formule des vœux de santé, d’abondance et de protection, non seulement pour la communauté Agni, mais aussi pour la nation ivoirienne tout entière.
Les préparatifs débutent la veille avec les rites purificateurs conduits par les « Kômians », prêtresses traditionnelles vêtues de blanc et couvertes de kaolin. Le jour de la cérémonie, à l’appel du « Kεniapli », le tambour parleur, la population se rassemble. Le roi, paré d’attributs richement dorés, se rend à la rivière pour accomplir libations, ablutions et danses rituelles, avant de regagner la Cour royale dans un cortège festif rythmé par les chants des femmes. Moment culminant de la célébration, l’exposition des « Bia », sièges royaux sacrés, symbolise l’abondance et la hiérarchie des lignages. La purée d’igname « ñvùfú » y est déposée en offrande : les ancêtres doivent symboliquement consommer l’igname avant les vivants. Ce geste autorise ensuite le roi et le peuple à manger le nouveau tubercule, consacrant officiellement l’ouverture de la nouvelle année.
Au-delà de sa dimension spirituelle, la fête de l’igname est un puissant marqueur identitaire. À l’heure de la modernité, elle demeure l’un des derniers bastions des traditions endogènes, permettant aux Agni d’affirmer leur histoire, leur culture et leur personnalité collective. Elle célèbre la fin d’une récolte vivrière, honore la terre nourricière et rappelle que l’igname, riche en nutriments et en symboles, reste le fil conducteur du destin Agni. À travers cette fête, le peuple Agni perpétue un héritage vivant, unissant passé, présent et avenir autour d’un tubercule devenu sacré.
Texte et récit : Marie-Paule N’GUESSAN



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