CULTURE / Guinée : disparition d’Hadja Andrée Touré, mémoire vivante d’une indépendance tourmentée.

CULTURE / Guinée : disparition d’Hadja Andrée Touré, mémoire vivante d’une indépendance tourmentée.

CULTURE / Guinée : disparition d’Hadja Andrée Touré, mémoire vivante d’une indépendance tourmentée.

Un documentaire de Agence Presse Audio


Le ciel de la mémoire guinéenne s’est assombri. Hadja Andrée Touré, veuve de l’ancien président Ahmed Sékou Touré et Première dame de la Guinée indépendante, s’est éteinte le mercredi 8 juillet 2026 au Maroc, où elle suivait des soins depuis plusieurs mois.

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10 Juillet 2026


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Agence Presse Audio

Le ciel de la mémoire guinéenne s’est assombri. Hadja Andrée Touré, veuve de l’ancien président Ahmed Sékou Touré et Première dame de la Guinée indépendante, s’est éteinte le mercredi 8 juillet 2026 au Maroc, où elle suivait des soins depuis plusieurs mois. Elle avait 92 ans. Figure discrète mais incontournable de l’histoire guinéenne, elle incarnait un pan entier de la mémoire nationale. « C’est une part vivante de notre mémoire qui s’éteint », a déclaré le président Mamadi Doumbouya, saluant « un témoin privilégié et une actrice des heures fondatrices de notre indépendance ».

Née Andrée Kourouma le 18 novembre 1934 à Kankan en Guinée, d’un médecin militaire français, Paul Mary du Plantier, et de Kaïssa Kourouma, elle grandit en Guinée après le départ de son père au début de la Seconde Guerre mondiale. Élève brillante, elle poursuit ses études à Conakry avant de devenir secrétaire de l’association des femmes de l’Union française. 

C’est à Kankan, chez son oncle Sinkoun Kaba, qu’elle rencontre Ahmed Sékou Touré. Leur union, à la fois traditionnelle et choisie, est célébrée le 18 juin 1953 selon les rites musulmans. À ses côtés, elle traverse les moments décisifs de l’histoire guinéenne, notamment l’accession à l’indépendance en 1958.

Première dame de 1958 à 1984, Hadja Andrée Touré reste en retrait sur le plan politique, mais assume un rôle protocolaire important. Elle accompagne son époux lors de nombreux déplacements officiels et reçoit des chefs d’État, tout en s’investissant dans des actions sociales. Mais après la mort d’Ahmed Sékou Touré le 26 mars 1984, son destin bascule. Elle est arrêtée avec son fils Mohamed Touré, ses biens sont confisqués, et elle est condamnée en 1987 à huit ans de travaux forcés. Libérée en janvier 1988, elle s’exile successivement au Maroc, en Côte d’Ivoire puis au Sénégal, avant de regagner la Guinée en 2000.

De retour dans son pays, elle se consacre à la défense de l’héritage politique de son défunt mari. En 2023, elle publie son autobiographie Ma vie auprès d’Ahmed Sékou Touré, un témoignage intime sur les luttes pour l’indépendance et les années de pouvoir. Ces dernières années, elle demeure une figure respectée, recevant régulièrement des visiteurs et participant à des événements internationaux, notamment en Iran en 2023. En 2024, elle accepte également le transfert des archives privées de son époux aux Archives nationales de Guinée.

Jusqu’au bout, Hadja Andrée Touré aura porté le poids de l’histoire, entre gloire, silence et controverses. Avec sa disparition, la Guinée perd bien plus qu’une ancienne Première dame : elle perd une mémoire vivante, un témoin direct d’une époque où se jouaient les espoirs, les tensions et les contradictions d’une nation en construction. Et dans le silence qu’elle laisse derrière elle, résonne encore l’écho d’un combat : celui d’une femme restée debout, au cœur des tempêtes de l’histoire.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN