CULTURE / À Gbétitapia, les singes sacrés renaissent et le tourisme aussi.

CULTURE / À Gbétitapia, les singes sacrés renaissent et le tourisme aussi.

À quelques kilomètres de Daloa, sur l’axe menant à Issia, au Centre-ouest de la Côte d’Ivoire, se cache un village pas comme les autres : Gbétitapia. Ici, les singes ne sont ni chassés, ni consommés.


À quelques kilomètres de Daloa, sur l’axe menant à Issia, au Centre-ouest de la Côte d’Ivoire, se cache un village pas comme les autres : Gbétitapia. Ici, les singes ne sont ni chassés, ni consommés. Ils sont sacrés. Mieux encore, ils sont considérés comme des ancêtres vivants.

Selon la tradition orale, ces singes seraient la réincarnation des villageois tombés lors de guerres tribales. Depuis, une cohabitation unique s’est installée entre humains et primates. Chaque matin, certains singes quittent la forêt pour « rendre visite » aux habitants, comme pour saluer leurs descendants. Lorsqu’un décès survient, ils parcourent le village, silencieux, comme pour accompagner les familles endeuillées. Et quand un danger menace, ils disparaissent mystérieusement, laissant derrière eux un message que les habitants ont appris à décrypter.

Dans ce village du Haut-Sassandra, le respect envers ces « singes-aïeux » est total. Lorsqu’un singe meurt, il est enterré avec un morceau de percale blanche, symbole de dignité et d’attachement. Un rituel rare, presque sacré, qui en dit long sur le lien profond entre l’homme et la nature. Aujourd’hui, ce patrimoine culturel singulier attire de plus en plus de curieux. Dans un contexte où la Côte d’Ivoire mise sur le développement de son tourisme, Gbétitapia s’impose comme une destination atypique. 

La réhabilitation de la route Daloa - Issia a considérablement facilité l’accès au site, boostant ainsi sa fréquentation. Pour accompagner cet engouement, des travaux d’aménagement ont été réalisés : un préau d’observation pour admirer les singes, une esplanade réhabilitée, une case du patriarche rénovée, et même des infrastructures sanitaires modernes. Ces initiatives, soutenues par le Fonds de développement touristique et le Programme d’investissement public, visent à offrir une expérience immersive tout en préservant l’authenticité du lieu.

Les chiffres confirment cette dynamique : plus de 6,3 millions de visiteurs enregistrés en 2024 et plus de 625 000 emplois générés ces dernières années. Une preuve que culture et développement peuvent avancer main dans la main. À Gbétitapia, les singes ne sont pas qu’une curiosité touristique. Ils sont une mémoire vivante, un pont entre passé et présent. Et peut-être, pour les visiteurs, une invitation à redécouvrir un monde où l’homme n’est pas au-dessus de la nature, mais en harmonie avec elle.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN