CULTURE / Le Bindi : ce petit point qui révèle l’âme de l’Inde.

CULTURE / Le Bindi : ce petit point qui révèle l’âme de l’Inde.

Minuscule par la taille, immense par la signification. Sur le front de millions de femmes indiennes, un simple point coloré capte l’attention et intrigue.


Minuscule par la taille, immense par la signification. Sur le front de millions de femmes indiennes, un simple point coloré capte l’attention et intrigue. Rouge, noir, jaune ou multicolore, le Bindi n’est pas un ornement anodin : il raconte une histoire millénaire, à la croisée de la tradition, de la spiritualité et de l’expression personnelle.

Un symbole ancien, né de la terre

Bien avant de devenir un accessoire de mode, le Bindi est un marqueur culturel profondément enraciné. À l’origine, il est fabriqué de manière artisanale à partir d’ingrédients naturels : poudre de curcuma et jus de citron vert. La réaction chimique entre ces deux éléments donne naissance à ce rouge vif si caractéristique, symbole de vie, d’énergie et de prospérité dans l’hindouisme. Ce rouge n’est donc pas qu’une couleur : il est porteur de sens, de rites et de croyances transmises de génération en génération.

Des couleurs qui parlent sans mots

En Inde, le Bindi agit comme un langage silencieux, particulièrement dans le nord du pays : Rouge : traditionnellement réservé aux femmes mariées ou fiancées, il symbolise l’union, la fertilité et la continuité de la lignée; Noir : porté par les femmes célibataires, il est aussi parfois associé à une fonction protectrice contre le mauvais œil; Jaune : couleur sacrée, utilisée lors de rituels religieux, de cérémonies spirituelles ou de fêtes traditionnelles. Chaque teinte devient ainsi un message social, immédiatement lisible pour ceux qui connaissent les codes.

Quand la tradition rencontre la mode

Au sud de l’Inde, les usages se sont transformés avec le temps. Le Bindi s’y est émancipé de sa stricte fonction sociale pour devenir un véritable accessoire de mode. Autocollant, pailleté, discret ou extravagant, il s’accorde désormais aux tenues, aux humeurs et aux occasions. Ici, il ne dit plus forcément si une femme est mariée ou célibataire. Il dit surtout : voici qui je suis aujourd’hui.

Le troisième œil : la dimension spirituelle

Au-delà de l’esthétique et des conventions sociales, le Bindi touche à l’essentiel. Placé entre les sourcils, il correspond à l’Ajna Chakra, le fameux troisième œil dans la tradition hindoue. Ce point central représente la conscience, l’intuition et la sagesse intérieure. Il symbolise l’œil invisible, celui qui perçoit au-delà des apparences. Porter le Bindi, c’est se rappeler que la vraie vision ne vient pas uniquement des yeux, mais aussi de l’esprit et du cœur.

Un symbole qui traverse les frontières

Aujourd’hui, le Bindi a quitté les frontières de l’Inde. Il apparaît sur les podiums de mode, dans les clips musicaux, sur les réseaux sociaux. Mais derrière cet engouement mondial se cache une responsabilité : comprendre, respecter et reconnaître la profondeur culturelle de ce symbole ancestral. Car le Bindi n’est pas qu’un point sur le front. C’est une identité, une mémoire, une spiritualité. Un minuscule cercle… qui ouvre un monde infini.

Texte et récit : Marie-Paule N’GUESSAN