Culture / Francophonie : À Paris, la Côte d’Ivoire célèbre la puissance des voix féminines.
À l’occasion de la Semaine internationale de la Francophonie, organisée du 17 au 20 mars 2026, l’Ambassade de Côte d’Ivoire en France, en collaboration avec sa représentation auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a tenu une rencontre littéraire dédiée à la valorisation des voix féminines.
À l’occasion de la Semaine internationale de la Francophonie, organisée du 17 au 20 mars 2026, l’Ambassade de Côte d’Ivoire en France, en collaboration avec sa représentation auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a tenu une rencontre littéraire dédiée à la valorisation des voix féminines. Placée sous le thème « Femmes, langues et cultures : valorisation des voix féminines en Francophonie », cette initiative a réuni diplomates, autrices, journalistes, acteurs culturels et membres de la diaspora autour d’un objectif commun, mettre en lumière la contribution essentielle des femmes à la vitalité culturelle francophone.
Dans son allocution d’ouverture, Bintou Touré, première conseillère de la représentation permanente de la Côte d’Ivoire auprès de l’OIF, a rappelé que la Francophonie dépasse le simple cadre linguistique. Elle constitue un espace de dialogue, de création et de coopération entre plus de quatre-vingt-dix États et gouvernements.
Pour cette édition, la Côte d’Ivoire a choisi d’honorer les femmes, leurs œuvres et leur capacité à enrichir la langue française par la diversité de leurs imaginaires. L’ambassadeur Maurice Kouakou Bandaman a, pour sa part, inscrit cette rencontre dans une vision élargie de la Francophonie fondée sur des valeurs culturelles et humaines. Il a souligné le rayonnement du français, parlé aujourd’hui par plus de 321 millions de personnes à travers le monde, tout en insistant sur le rôle déterminant des femmes dans la transmission et le renouvellement des récits.
Rendant hommage à la tradition orale ivoirienne et aux grandes figures féminines de la littérature, le diplomate et écrivain ivoirien a salué l’essor de la création littéraire féminine, évoquant notamment Jeanne de Cavally, Véronique Tadjo, Fatou Keïta et Marguerite Abouet, dont l’œuvre « Aya de Yopougon » connaît un succès international.
Un moment de recueillement a marqué la cérémonie avec une minute de silence en mémoire de Clément Oubrerie, illustrateur et collaborateur de Marguerite Abouet, récemment disparu. La rencontre s’est poursuivie par une table ronde réunissant les autrices Fatou Diomandé, Ornella Diane Vianney-Koffi et Marcelle Gbagba, sous la modération de la journaliste et femme de lettres Maïmouna Coulibaly. Leurs interventions ont mis en évidence l’écriture comme un espace d’expression, de transmission et d’affirmation de soi.
Fatou Diomandé a défendu une littérature engagée, ancrée dans les réalités sociales et attentive aux violences souvent invisibles. Ornella Diane Vianney-Koffi a plaidé pour une parole féminine libre, abordant sans détour les questions liées au corps, au désir et à la liberté. Marcelle Gbagba a insisté sur l’importance de transmettre aux jeunes générations, notamment celles de la diaspora, des récits porteurs de modèles africains inspirants. Les échanges ont fait émerger plusieurs enjeux majeurs. La visibilité des parcours féminins, longtemps marginalisés, s’impose comme une priorité. La littérature apparaît également comme un espace de questionnement et de réparation, abordant des thématiques sensibles telles que les violences sexuelles, l’éducation des filles et le poids des normes sociales.
La transmission culturelle a occupé une place centrale, en particulier pour les enfants de la diaspora en quête de repères. Les autrices ont souligné le rôle des langues africaines dans leur processus créatif, qui enrichissent le français en lui apportant de nouvelles sonorités et visions du monde. Les débats ont aussi porté sur les mutations contemporaines de la Francophonie. Le Nouchi, argot ivoirien, a été présenté comme une expression vivante et créative du dynamisme linguistique africain. Les enjeux du numérique et de l’intelligence artificielle dans la diffusion des œuvres ont suscité des réflexions, entre opportunités accrues de visibilité et nécessité de préserver l’authenticité de la création.
Au-delà des échanges, la rencontre a donné la parole à plusieurs actrices culturelles de la diaspora venues partager leurs expériences dans des domaines variés, du cinéma au design et à l’entrepreneuriat culturel. Toutes ont salué une initiative favorisant les synergies et l’émergence d’une parole féminine affirmée.
Pour conclure, l’ambassadeur Maurice Kouakou Bandaman a réaffirmé son ambition de faire de l’ambassade un véritable carrefour culturel, vivant et ouvert, dédié à la promotion de la création et de la pensée ivoiriennes. Dans un contexte international marqué par de multiples tensions, cette rencontre a mis en lumière le rôle essentiel des femmes, dont la voix demeure au cœur de la construction d’un avenir fondé sur la paix, la transmission des savoirs et la créativité. Le temps d’un après-midi à Paris, la Côte d’Ivoire a ainsi démontré que la Francophonie se réinvente au rythme des voix féminines qui la portent et la transforment.
Texte : La plume de la Bagoué
Récit : Marie-Paule N’GUESSAN



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