SANTÉ / TMVII : cette infection fongique à transmission sexuelle qui inquiète les États-Unis et bouscule les certitudes médicales.

SANTÉ / TMVII : cette infection fongique à transmission sexuelle qui inquiète les États-Unis et bouscule les certitudes médicales.

Une nouvelle alerte sanitaire attire l’attention des médias et des autorités de santé américaines : un champignon à transmission sexuelle, identifié sous le nom de Trichophyton mentagrophytes génotype VII (TMVII), connaît une propagation progressive et préoccupante.


Une nouvelle alerte sanitaire attire l’attention des médias et des autorités de santé américaines : un champignon à transmission sexuelle, identifié sous le nom de Trichophyton mentagrophytes génotype VII (TMVII), connaît une propagation progressive et préoccupante. Encore méconnue du grand public, cette infection cutanée fongique s’impose désormais comme une réalité médicale sérieuse, avec des symptômes particulièrement éprouvants pour les personnes touchées.

Une IST fongique rare mais redoutablement contagieuse

Contrairement aux infections sexuellement transmissibles classiques d’origine virale ou bactérienne, TMVII est un dermatophyte, un champignon microscopique, capable d’infecter la peau, en particulier dans les zones chaudes et humides du corps. Sa particularité ? Une transmission principalement par contact peau à peau lors de rapports sexuels. Les patients développent des lésions cutanées sévères, souvent décrites comme proches de la teigne, accompagnées de démangeaisons intenses, d’éruptions inflammatoires et parfois de plaques douloureuses localisées sur les organes génitaux, les fesses ou l’intérieur des cuisses. Un tableau clinique qui peut rapidement devenir un véritable calvaire dermatologique et psychologique.

Une propagation surveillée de près aux États-Unis

L’épidémie la plus significative a été signalée dans l’État du Minnesota, où les autorités sanitaires ont recensé, en février 2026, 13 cas confirmés et 27 cas suspects depuis juillet 2025, principalement dans la région métropolitaine des Twin Cities. Soit plus de 40 personnes potentiellement touchées dans une seule zone urbaine, un signal épidémiologique qui suscite l’inquiétude des spécialistes. Selon les données relayées par les Centres de contrôle et de prévention des maladies, le phénomène n’est pas totalement nouveau : le premier cas documenté aux États-Unis remonte à New York en 2024, après des signalements similaires en Europe et en Asie.

Une souche émergente venue d’Asie

Le TMVII est une variante d’un champignon dermatophyte courant, mais sa souche spécifique aurait été identifiée pour la première fois en Inde vers 2019, avant d’être associée à une transmission sexuelle en France en 2023 puis aux États-Unis en 2024. Des recherches citées par le CDC et plusieurs revues médicales indiquent une probable origine en Asie du Sud-Est, notamment en Inde et en Thaïlande. Cette évolution intercontinentale illustre la capacité des agents infectieux cutanés à se diffuser à l’échelle mondiale, à la faveur des voyages et des contacts rapprochés.

Préservatif : une protection partielle

Comme pour le papillomavirus (HPV), l’usage du préservatif peut réduire le risque de transmission en limitant le contact direct avec les lésions infectées. Toutefois, les spécialistes rappellent qu’il ne garantit pas une protection totale, le champignon pouvant se transmettre par simple contact peau à peau sur des zones non couvertes. Les recommandations médicales sont claires : éviter tout contact avec des lésions suspectes, consulter rapidement en cas d’éruption inhabituelle dans les zones intimes, suivre rigoureusement un traitement antifongique en cas de diagnostic.

Une menace encore sous-estimée

Si le nombre de cas reste pour l’instant limité, les experts redoutent une sous-détection liée à la confusion fréquente avec des mycoses classiques ou des irritations cutanées banales. Or, sans traitement adapté, l’infection peut persister, se propager et devenir particulièrement difficile à éradiquer. À l’heure où les maladies infectieuses évoluent et mutent à l’échelle mondiale, TMVII rappelle une réalité souvent ignorée : toutes les IST ne sont pas virales ou bactériennes. Certaines, silencieuses et dermatologiques, progressent loin des radars médiatiques… jusqu’à ce que les chiffres et les témoignages humains imposent leur vérité. Une chose est désormais certaine : derrière cette infection fongique émergente se cache un enjeu de santé publique encore discret, mais potentiellement explosif, et la vigilance, plus que jamais, devient le premier rempart.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN