TECHNOLOGIE / Afrique du Sud : une appli alerte en temps réel sur la pollution et pourrait sauver des vies.

TECHNOLOGIE / Afrique du Sud : une appli alerte en temps réel sur la pollution et pourrait sauver des vies.

À Johannesburg, l’air devient parfois invisible mais dangereux. Face à une aggravation inquiétante de la pollution, des chercheurs de l’Université du Witwatersrand passent à l’offensive avec une application mobile capable d’alerter instantanément les populations en cas de pic de particules fines.


À Johannesburg, l’air devient parfois invisible mais dangereux. Face à une aggravation inquiétante de la pollution, des chercheurs de l’Université du Witwatersrand passent à l’offensive avec une application mobile capable d’alerter instantanément les populations en cas de pic de particules fines. 

Le constat est alarmant : en 2023, l’exposition à ces particules aurait causé 42 000 décès en Afrique du Sud, selon l’ONG Greenpeace. Et ces derniers mois, la situation s’est encore dégradée, notamment à cause des émissions de sulfure d’hydrogène issues des mines de charbon voisines.

Dans un laboratoire du département de physique, transformé en véritable tour de contrôle, les scientifiques scrutent en continu les données issues de capteurs installés à travers Johannesburg. Sur un grand écran, les zones respirables s’affichent, mais aussi celles où l’air devient toxique. « On peut observer des pics considérables qui provoquent des crises d’asthme et d’autres troubles respiratoires », explique le docteur Edward Nkadimeng, ingénieur sur le projet.

C’est précisément pour anticiper ces dangers qu’a été conçue l’application. Son fonctionnement est simple, presque familier : comme une météo de la pollution. En cas de risque, une notification est envoyée pour recommander, par exemple, le port d’un masque ou la limitation des sorties. Pour Dominique Adams, coordinateur du projet, l’outil est devenu indispensable : « Entre le trafic routier, les déchets brûlés et l’activité minière, la situation s’est nettement aggravée ces cinq à dix dernières années. Il fallait une réponse concrète. »

Développée en trois ans, l’application s’appuie sur des capteurs fixes qui analysent en continu la qualité de l’air et détectent les pics dangereux. Un premier lancement est attendu autour de juin, avec une mise à disposition élargie prévue d’ici fin 2026. Mais au-delà de la technologie, c’est tout un modèle énergétique qui est en question. En juillet 2025, Eskom, qui produit encore 95 % de l’électricité du pays à partir du charbon, a annoncé une transition vers les énergies renouvelables d’ici 2040. En attendant ce virage, cette application pourrait bien devenir un réflexe quotidien pour des millions de Sud-Africains. Car parfois, respirer sans risque commence par une simple notification.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN