CULTURE / Ukraine : sous les bombes, un patrimoine millénaire part en fumée.
L’Ukraine ne pleure pas seulement ses morts. Elle voit aussi son âme partir en cendres. Dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 juin 2026, une attaque russe d’une ampleur exceptionnelle a frappé plusieurs villes ukrainiennes, dont Kiev, Kharkiv et Dnipro. Bilan humain : au moins 11 morts.
L’Ukraine ne pleure pas seulement ses morts. Elle voit aussi son âme partir en cendres. Dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 juin 2026, une attaque russe d’une ampleur exceptionnelle a frappé plusieurs villes ukrainiennes, dont Kiev, Kharkiv et Dnipro. Bilan humain : au moins 11 morts. Mais au-delà du drame humain, c’est un autre front, plus silencieux mais tout aussi tragique, qui est visé : celui du patrimoine culturel.
Au total, près de 70 missiles et plus de 610 drones ont été lancés. Si la capitale Kiev a été la cible principale, les frappes ont également ravagé des symboles majeurs de l’histoire et de l’identité ukrainiennes. Parmi eux, la célèbre « Laure des Grottes de Kiev », joyau de la chrétienté orthodoxe datant du XIe siècle, dont la cathédrale de la Dormition a été engloutie par les flammes. Un choc patrimonial inédit depuis la Seconde Guerre mondiale.
D’autres institutions emblématiques ont été touchées : le studio Dovzhenko, berceau du cinéma ukrainien, le musée d’Arsenal à Kiev, la Maison de l’orgue et de la musique de chambre à Dnipro, ou encore le musée des Beaux-Arts de Kharkiv, riche de 26 000 œuvres, lui aussi en proie aux flammes.
Pour le président Volodymyr Zelensky, ces frappes dépassent largement le cadre militaire. Elles constituent une attaque directe contre l’héritage culturel mondial. Inscrite au patrimoine de l’Unesco, "la Laure de Kiev" aurait dû être protégée. Pourtant, depuis 2022, plus de 2 000 sites culturels ont été endommagés à travers le pays.
À cela s’ajoute un pillage massif : entre 2014 et 2026, plus de 7,8 millions d’objets culturels auraient été volés, selon le parquet ukrainien. Des crimes que Kiev qualifie sans détour de crimes de guerre, imprescriptibles. Face à cette situation, la réaction de la communauté internationale, notamment de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), est jugée trop timide par les autorités ukrainiennes, qui réclament désormais des actions concrètes.
Sur le terrain, la guerre s’enlise. Les discussions diplomatiques stagnent, malgré de récents échanges impliquant des émissaires américains. Pendant ce temps, les frappes continuent, et avec elles, l’effacement progressif d’un héritage millénaire. Car au-delà des vies brisées et des villes détruites, c’est une mémoire collective que l’on tente d’effacer, pierre après pierre, œuvre après œuvre, comme si anéantir la culture pouvait faire disparaître un peuple.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



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