TECHNOLOGIE / Australie vs GAFAM : Canberra sort l’arme fiscale pour sauver ses médias.

TECHNOLOGIE / Australie vs GAFAM : Canberra sort l’arme fiscale pour sauver ses médias.

C’est un bras de fer aux allures de test mondial. Le mardi 28 avril 2026, le Premier ministre australien Anthony Albanese a dévoilé un projet de loi explosif : contraindre Google, Meta et ByteDance (Tiktok) à payer pour les contenus d’actualité ou subir une taxe.


C’est un bras de fer aux allures de test mondial. Le mardi 28 avril 2026, le Premier ministre australien Anthony Albanese a dévoilé un projet de loi explosif : contraindre Google, Meta et ByteDance (Tiktok) à payer pour les contenus d’actualité ou subir une taxe. Au cœur du dispositif : un prélèvement de 2,25 % sur les revenus générés en Australie pour les plateformes dépassant 250 millions de dollars de chiffre d’affaires et plusieurs millions d’utilisateurs. Une mesure calibrée pour les géants du numérique, avec un objectif clair : réinjecter au moins 150 millions d’euros dans un secteur médiatique en crise. Mais Canberra laisse une porte de sortie stratégique. Les entreprises pourront éviter la taxe en signant des accords de rémunération avec les éditeurs. 

Mieux : des compensations fiscales généreuses (jusqu’à 170 % pour les petits médias) viennent encourager ces partenariats. Une carotte après le bâton. Ce nouveau mécanisme revisite le « News Media Bargaining Code » instauré sous l’homme d'État australien Scott Morrison en 2021, jugé inefficace. En ligne de mire : le retrait progressif de Meta, qui a cessé de renouveler ses accords depuis 2024, laissant un trou estimé à plus de 40 millions d’euros pour la presse. Sans surprise, les géants de la tech montent au créneau. Meta dénonce un « transfert de richesse imposé », tandis que Google critique une loi « déconnectée » des réalités du marché numérique, pointant l’exclusion d’acteurs comme Microsoft ou d’autres plateformes émergentes. Face à eux, les éditeurs d'ABC à News Corp, saluent une « étape essentielle » pour la survie du journalisme.

Mais au-delà des frontières australiennes, l’enjeu devient géopolitique. Le président américain Donald Trump, fervent défenseur des GAFAM, menace déjà de représailles commerciales contre les pays taxant les géants américains. Un avertissement que Canberra semble prêt à ignorer, au nom de sa souveraineté. Reste une inconnue majeure : jusqu’où ira le gouvernement australien si les plateformes décident de riposter, comme au Canada où Meta a purement supprimé les contenus d’actualité ? Dans ce duel entre États et multinationales, l’Australie joue gros. Car si la loi passe, elle pourrait redéfinir les règles du jeu mondial : qui doit payer pour l’information à l’ère numérique, ceux qui la produisent ou ceux qui en profitent ?

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN