TECHNOLOGIE / Comores : “Zéro Data Day”, une grève du portefeuille qui met les opérateurs sous pression.

TECHNOLOGIE / Comores : “Zéro Data Day”, une grève du portefeuille qui met les opérateurs sous pression.

Aux Comores, la contestation passe désormais par le portefeuille. Le mercredi 1er juillet 2026, l’Association comorienne des technologies de l'information et de la communication (ACTIC) a lancé une opération citoyenne baptisée « Zéro Data Day ».


Aux Comores, la contestation passe désormais par le portefeuille. Le mercredi 1er juillet 2026, l’Association comorienne des technologies de l'information et de la communication (ACTIC) a lancé une opération citoyenne baptisée « Zéro Data Day ». Objectif : appeler les consommateurs à suspendre pendant 24 heures toute recharge téléphonique et tout achat de forfait internet auprès des opérateurs YAS et HURI.

Annoncée lors d’une conférence de presse le lundi 29 juin à Moroni, cette initiative se veut un signal économique fort face à des tarifs jugés excessifs et à une qualité de service largement décriée. L’ACTIC dénonce également une absence de réelle concurrence entre les deux opérateurs ainsi que le non-respect présumé de leurs cahiers des charges. Pour l’association, l’accès au numérique ne devrait pas être un luxe, mais un droit fondamental.

Son président, Hamidou Mohoma, assume une mobilisation ciblée mais pacifique. « Il s’agit d’une grève du porte-monnaie », explique-t-il, rappelant un combat entamé depuis plusieurs années pour défendre les consommateurs. Il pointe notamment un décalage criant entre les prix pratiqués et le pouvoir d’achat local : près de 666 francs comoriens le gigaoctet chez YAS, contre 500 francs chez HURI, avec des forfaits atteignant 20 000 francs pour 30 à 40 gigaoctets. Une fois le quota atteint, les débits chutent drastiquement, alimentant le sentiment d’arnaque chez de nombreux usagers.

La colère est d’autant plus vive que certaines offres dites “illimitées”, proposées autour de 50 euros par mois, restent hors de portée pour une majorité de Comoriens, dont le salaire moyen avoisine ce montant. « C’est du mépris », tranche Hamidou Mohoma, qui fustige des offres jugées trompeuses et peu adaptées aux réalités économiques du pays.

Sur le terrain, l’appel trouve un écho. Comme Faïza, de nombreux utilisateurs disent étouffer sous le coût de la data. « Internet est devenu vital. Mais à ce prix-là, c’est intenable », confie-t-elle, prête à participer au boycott. Face aux critiques, l’opérateur YAS affirme respecter les prix planchers fixés par le régulateur depuis 2021 et évoque de nouvelles offres en attente de validation. Mais pour l’ACTIC, le problème est structurel : manque de transparence, double facturation entre internet mobile et fixe, et absence de concurrence effective.

Présentée comme un « premier avertissement » par le secrétaire général Chamsoudine Soudjay, cette journée sans recharge pourrait marquer le début d’un bras de fer plus large. Car si rien ne change, les consommateurs comoriens semblent désormais prêts à couper le réseau pour mieux se faire entendre.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN