MÉDIAS / Sénégal : TikTok, prières controversées et prison, trois chroniqueurs proches du Pastef dans la tourmente.

MÉDIAS / Sénégal : TikTok, prières controversées et prison, trois chroniqueurs proches du Pastef dans la tourmente.

Au Sénégal, une affaire mêlant réseaux sociaux, politique et justice fait grand bruit. Trois chroniqueurs se réclamant des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (Pastef) sont aujourd’hui au cœur d’une procédure judiciaire pour offense au chef de l’État et discours contraire aux bonnes mœurs.


Au Sénégal, une affaire mêlant réseaux sociaux, politique et justice fait grand bruit. Trois chroniqueurs se réclamant des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (Pastef) sont aujourd’hui au cœur d’une procédure judiciaire pour offense au chef de l’État et discours contraire aux bonnes mœurs.

Tout part d’une vidéo publiée sur TikTok. On y voit Lamignou Darou, Oustaz Thiep et Ndiaye Touba, figures du média Feeñal Digital, réputé proche du Pastef, en pleine séance de prières. Mais le contenu choque : les trois hommes invoquent le malheur, allant jusqu’à évoquer la mort, la paralysie ou un AVC, contre « celui qui a trahi le projet de Pastef ». Une déclaration lourde de sens, largement interprétée comme visant le président Bassirou Diomaye Faye, bien que jamais nommé explicitement.

La réaction des autorités ne s’est pas fait attendre. Le procureur de la République s’est autosaisi du dossier et a ordonné leur interpellation par la Division spéciale de cybersécurité. Lundi 27 juillet 2026, les trois chroniqueurs ont été arrêtés directement dans les locaux de leur média, une méthode vivement dénoncée par le Syndicat des professionnels de la presse (SYNPICS).

Déférés le jeudi 30 juillet, ils ont été placés sous mandat de dépôt. Une décision que leur avocat, Me Aby Nar Ndiaye, juge incompréhensible : selon lui, aucun propos ne visait explicitement le chef de l’État. Il dénonce même une tentative d’intimidation visant une jeunesse engagée aux côtés d’Ousmane Sonko.

L’affaire ne cesse depuis de susciter des réactions. Le maire Pastef de Dakar, Abass Fall, s’indigne et interpelle directement le président ainsi que les ministres de la Justice et de l’Intérieur. De son côté, l’ONG Article 19 appelle à l’abrogation pure et simple des dispositions du Code pénal relatives à l’offense au chef de l’État. Alors que leur procès est prévu pour lundi 3 août, une question demeure : où s’arrête la liberté d’expression à l’ère des réseaux sociaux et où commence la ligne rouge du droit ?

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN