TECHNOLOGIE / Nigeria : les géants du numérique et de l’IA dans le viseur des autorités.
Le ton monte entre les médias nigérians et les titans du numérique. Lundi 6 juillet 2026, les autorités du Nigeria ont officiellement ouvert une enquête visant des entreprises majeures comme Meta, Alphabet (maison mère de Google) et X, ainsi que plusieurs plateformes d’intelligence artificielle générative.
Le ton monte entre les médias nigérians et les titans du numérique. Lundi 6 juillet 2026, les autorités du Nigeria ont officiellement ouvert une enquête visant des entreprises majeures comme Meta, Alphabet (maison mère de Google) et X, ainsi que plusieurs plateformes d’intelligence artificielle générative. En ligne de mire : des pratiques jugées potentiellement anticoncurrentielles qui fragiliseraient l’écosystème médiatique local.
Cette offensive fait suite à une directive du président Bola Ahmed Tinubu, déclenchée après une pétition déposée par l’Organisation de la presse nigériane (NPO). Cette dernière regroupe notamment les propriétaires de journaux (NPAN), les journalistes (NUJ), les diffuseurs (BON) et les éditeurs en ligne (GOCOP).
Au cœur des accusations : l’exploitation présumée de contenus journalistiques sans autorisation ni rémunération, ainsi qu’un déséquilibre économique grandissant. Les médias dénoncent une captation massive des revenus publicitaires par les plateformes, au détriment des producteurs locaux d’information. La Commission fédérale de la concurrence et de la protection des consommateurs (FCCPC), chargée de l’enquête, entend faire toute la lumière sur ces pratiques. « Notre responsabilité est d’établir les faits de manière objective et de garantir une concurrence équitable et transparente », a déclaré son directeur général, Tunji Bello.
Parmi les griefs examinés figurent également l’utilisation supposée de contenus de presse pour entraîner des modèles d’IA sans cadre commercial clair, ainsi que des soupçons d’abus de position dominante. Ce n’est pas la première fois que les autorités nigérianes s’attaquent aux géants du numérique. En 2025, Meta avait déjà écopé d’une amende de 220 millions de dollars pour des violations présumées des lois sur la concurrence, une décision toujours contestée par le groupe.
L’affaire s’inscrit dans une dynamique mondiale. Du Canada à l’Australie, plusieurs États ont engagé un bras de fer similaire pour contraindre les plateformes à rémunérer les médias. En Afrique du Sud, un accord de 688 millions de rands (environ 40 millions de dollars) avait été conclu en novembre 2025 après des critiques sur l’algorithme de Google favorisant les médias internationaux au détriment des acteurs locaux.
Avec plus de 154,7 millions d’abonnements Internet recensés en avril, le Nigeria représente un marché stratégique où WhatsApp, Facebook, Instagram et X dominent largement les usages. Pour l’heure, Meta, Alphabet et X n’ont pas réagi aux sollicitations. L’enquête, elle, se poursuit, sans conclusion définitive à ce stade. Mais une chose est certaine : derrière cette confrontation, c’est tout l’équilibre entre innovation technologique et survie du journalisme qui se joue. Et cette fois, le Nigeria semble bien décidé à ne plus rester spectateur.
Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN



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