CULTURE / Restitution historique : la RDC exige de la Belgique le retour de plus de 500 restes humains coloniaux.

CULTURE / Restitution historique : la RDC exige de la Belgique le retour de plus de 500 restes humains coloniaux.

La mémoire coloniale refait surface avec force. Plus de huit ans après des révélations sur l'existence de restes humains africains conservés dans des institutions belges, la République démocratique du Congo (RDC) passe à l’offensive diplomatique.


La mémoire coloniale refait surface avec force. Plus de huit ans après des révélations sur l'existence de restes humains africains conservés dans des institutions belges, la République démocratique du Congo (RDC) passe à l’offensive diplomatique. Dans une lettre datée du 5 juin 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a officiellement demandé à son homologue belge, Bart De Wever, la restitution de plus de 500 restes humains emportés durant la période coloniale.

Ces restes, essentiellement des crânes de congolais mais aussi rwandais et burundais, sont aujourd’hui conservés dans plusieurs institutions scientifiques en Belgique, notamment à l’Institut royal des Sciences naturelles de Bruxelles, et, dans une moindre mesure, à l’AfricaMuseum de Tervuren. Selon les informations révélées par De Morgen, certains de ces crânes avaient même été présentés en novembre 2025 à un public restreint, ravivant un débat aussi sensible que symbolique.

Dans sa correspondance, Judith Suminwa Tuluka insiste sur une exigence fondamentale : « Les morts doivent pouvoir reposer dans la dignité dans leur pays d’origine et ne peuvent être considérés comme de simples objets de collection. » Une position qui s’inscrit dans la continuité des démarches engagées depuis plusieurs années pour la restitution du patrimoine africain spolié durant la colonisation.

L’histoire de ces restes humains est lourde. Collectés au XIXe et au XXe siècle comme trophées de guerre, objets d’étude scientifique ou curiosités ethnographiques, ils témoignent d’une époque où la dignité humaine était reléguée au second plan. Parmi les cas les plus emblématiques, figure celui du chef Lusinga, dont le crâne avait été prélevé dans des circonstances aujourd’hui dénoncées.

Du côté belge, les lignes commencent à bouger, mais lentement. Déjà en 2018, l’ancienne ministre Zuhal Demir reconnaissait la nécessité d’un changement de cadre légal pour permettre d’éventuelles restitutions. Plus récemment, un groupe de travail mandaté par le Parlement belge a recommandé le rapatriement de tous les restes humains liés au passé colonial. La ministre actuelle de la Politique scientifique, Vanessa Matz, planche sur un projet de loi attendu à l’automne 2026 pour encadrer juridiquement ces restitutions.

Cette demande officielle de Kinshasa pourrait donc marquer un tournant décisif. Elle rappelle également un précédent marquant : la restitution en 2022 de la dent de Patrice Lumumba, un geste qualifié par les autorités congolaises de reconnaissance historique majeure. Au-delà des considérations juridiques, c’est toute la question de la mémoire, de la dignité et de la réparation qui est posée. La RDC ne réclame pas seulement des restes humains, elle exige que justice soit faite, même tardivement. Car derrière chaque crâne conservé dans une vitrine européenne, il y a une histoire, une identité, et une humanité qui attend toujours de rentrer chez elle.

Texte et récit : Marie-Paule N'GUESSAN